Mi-décembre 2025. L’UE inscrit Jacques Baud sur sa liste de sanctions. L’ancien colonel d’état-major général suisse ne peut rien y faire. Il ne bénéficie d’aucun droit d’être entendu. Aucun jugement non plus. La procédure laisse de nombreuses questions ouvertes. Marc Schinzel, juriste spécialisé en droit constitutionnel et en droit international public à l’Office fédéral de la justice (OFJ) de Beat Jans, se montre plein d’enthousiasme face à ces mesures draconiennes. Sur la plateforme X, il traite Baud de «porte-parole de Poutine» et de sinistre «théoricien du complot». Le sanctionné pratiquerait une «inversion auteur-victime» à propos de la guerre en Ukraine, et cela «en dépit de mieux savoir», tempête Schinzel.
Aujourd’hui, à peine deux mois plus tard, ces déclarations se retournent comme un boomerang contre le fonctionnaire fédéral. Valentin Landmann, ancien député cantonal UDC et désormais avocat de Baud, a déposé une plainte pénale contre Schinzel auprès du Ministère public de Bâle-Campagne. Le juriste de l’OFJ de Beat Jans est accusé de diffamation, calomnie et éventuellement aussi d’injure.
Baud ne pratiquerait aucune inversion auteur-victime, comme on peut le constater à partir de «nombreuses publications et interviews», indique la plainte pénale. Schinzel, en revanche, aurait «intentionnellement» et «en dépit de mieux savoir» proféré à l’encontre de Baud des insultes potentiellement punissables.
L’affaire est explosive: «Schinzel n’est pas un citoyen quelconque, mais un juriste de haut rang au département de la justice de Jans. Cela rend ses déclarations d’autant plus problématiques», déclare Landmann à la Weltwoche.
L’avocat se dit étonné de la conception du droit qu’a le fonctionnaire fédéral. «Les sanctions contre Baud, qui n’a absolument pas pu se défendre au préalable, n’ont rien à voir avec le droit.» Dans ce contexte, son comportement est d’autant plus préoccupant.
Landmann estime possible que les supérieurs de Schinzel aient pu être informés à l’avance de son post sur X: «Schinzel aura difficilement agi contre leur volonté. Je ne peux pas me l’imaginer.» L’autorité de Jans affirme pour sa part que les déclarations de Schinzel n’avaient pas été concertées avec elle.
Quoi qu’il en soit, les propos de Schinzel, qui affiche le drapeau ukrainien sur son compte X, sont en tout cas révélateurs. Le fonctionnaire fédéral semble éprouver plus de sympathie pour Kiev et Bruxelles que pour un citoyen suisse qui a servi le pays pendant des décennies. Il sera intéressant de voir comment la justice suisse appréciera désormais cette affaire.
Image: Cancelleria dello Stato Ticino/Wikimedia Commons
Le département des affaires étrangères (EDA) d'Ignazio Cassis s'est réveillé dans le cas Jacques Baud. Rita Adam, cheffe de la mission suisse auprès de l'UE à Bruxelles, a effectué une démarche dans la capitale belge.
On entend par le département des affaires étrangères: « L'ambassadrice suisse auprès de l'UE à Bruxelles est intervenue le 9 janvier 2026 auprès de l'UE concernant la sanction de Jacques Baud. Elle a exigé le droit à un procès équitable et a souligné le respect de la liberté d'expression. »
Interrogé sur les récentes évolutions, Baud déclare sobrement: « Je vois le verre à moitié plein. » Certes, il aurait espéré que les autorités se seraient mises en route plus rapidement. Mais au moins, quelque chose se passe.
Il reste à voir si la protestation suisse, rapportée d'abord par le portail Forum Geopolitica, aura un effet. Baud vit actuellement comme une sorte de paria. L'UE lui a interdit l'entrée dans l'espace européen. Ses comptes sont bloqués, ses cartes de crédit ne fonctionnent plus. Faire des courses n'est plus possible. « Mes voisins m'apportent la nourriture. »
Économiquement, le citoyen suisse, qui vit à Bruxelles, ressent de plus en plus les mesures de l'UE. « La chaîne de magasins française FNAC a retiré mes livres de ses rayons », explique l'ancien colonel de l'état-major général.
Pour Baud, dont les livres séduisent particulièrement en France et dans l'espace francophone, c'est une coupure sévère. La question se pose de savoir si le gouvernement français a peut-être exercé une pression sur la FNAC.
Selon Baud, le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot aurait joué un rôle central dans sa sanction: « En France, la liberté d'expression se porte mal. »
Pour rappel: L'UE a placé l'ancien colonel de l'état-major général et collaborateur de longue date de l'EDA ainsi que du service de renseignement militaire sur sa liste de sanctions le 15 décembre 2025. Baud l'a appris pour la première fois le 12 décembre. Les protestations officielles de la part des autorités suisses ne se sont initialement pas manifestées. Les fonctionnaires étaient alors mentalement déjà en vacances de Noël.
La pression sur les autorités suisses semble avoir augmenté visiblement récemment. Même en Suisse, le vent commence lentement à tourner. Les sanctions de l'UE contre Baud sont comparables aux méthodes appliquées par les « meilleures dictatures », a récemment jugé Gauthier Ambrus dans le journal suisse Le Temps, qui n'est pas particulièrement connu pour sa critique de l'UE.
Les sanctions de l'UE du 15 décembre 2025 contre des personnes comme le colonel suisse Jacques Baud doivent être considérées comme faisant partie d'une mobilisation intellectuelle de l'Occident : les voix critiques pour la paix et le désarmement doivent être supprimées, les publicistes et journalistes contraints à une ligne de guerre par l'intimidation.
Plus de 80 signataires initiaux de renom prennent position contre cette attaque à la liberté d'expression dans l'appel « Jusqu'ici et pas plus loin ! ». Parmi eux, des écrivains comme Christoph Hein et Daniela Dahn, des artistes et publicistes internationaux comme Roger Waters et le Prof. John J. Mearsheimer, le président du DKP, l'ancien chef de l'Office fédéral de protection de la constitution, des politiciens du BSW, des sociaux-démocrates et des libéraux. Ensemble, nous mettons en garde contre une UE de plus en plus autoritaire qui recourt à l'interdiction pour punir ses critiques.
Un regard sur le passé montre ce qui se passe aujourd'hui. Prenons le livre de Peter Scholl-Latour « La Russie dans la pince » de 2006 : selon les critères de l'UE, il devrait être aujourd'hui enregistré comme faisant partie d'une guerre hybride russe. L'auteur – s'il était encore vivant – serait envoyé en exil intérieur, ses comptes gelés et ne recevant plus de nourriture que sur demande. Affirmer simplement que l'extension orientale de l'OTAN provoquerait des réactions russes serait aujourd'hui insoutenable pour les fonctionnaires de l'UE.
La sanction contre Jacques Baud et d'autres est une menace flagrante pour la liberté d'expression, de la presse et d'information. Elle crée un précédent : les opinions divergentes sont classées comme propagande prorusse – sans preuve, procès ou audience, comme dans « Le Procès » de Kafka. Cela ne rappelle pas un espace de liberté, de sécurité et de droit, mais une Europe de Metternich, où la réaction indexait les voix critiques.
L'UE est en train d'établir un système de censure terrible : Les sanctionnés, qui ne sont coupables d'aucun crime, sont envoyés en exil intérieur – sans lieu d'exil, mais privés de tous moyens de vie, seulement soutenus par attribution administrative. Leurs livres ne sont pas brûlés, mais les éditeurs sont dissuadés de les diffuser.
Les sanctions de l'UE visent à réduire les voix critiques au silence et à établir, entre autres, une seule interprétation valable du préambule de la guerre en Ukraine. Exemple : Y a-t-il eu un génocide de citoyens russophones dans le Donbass entre 2014 et 2022 ? Pour l'UE, c'est une « propagande pro-russe » qui doit être rendue invisible – mais c'est précisément cette question que la Cour internationale de justice examine dans la contre-plainte de la Russie contre l'Ukraine. On peut critiquer l'objet du litige, mais vouloir l'effacer est une tentative de structurer la discussion publique de manière totalitaire.
Quiconque pense que Jacques Baud est un cas isolé sera corrigé par le gouvernement allemand : lors de la conférence de presse fédérale, de nouvelles sanctions contre les critiques ont été annoncées par le porte-parole du gouvernement Giese : « Cela s'est produit ce lundi, cela continuera à se produire, cela a eu lieu dans le passé, et tous ceux qui travaillent dans ce domaine doivent s'attendre à ce que cela puisse aussi leur arriver. »
Un proverbe chinois dit : « On tue un poulet pour effrayer les singes. » C'est exactement ce que fait l'UE – et le gouvernement fédéral l'a déclaré ouvertement. Ainsi, le déficit démocratique souvent déploré menace de basculer vers le totalitarisme : une bureaucratie anonyme décide sous peine de retrait des moyens de subsistance ce qui peut encore être dit et ce qui ne peut pas.
La liberté d'expression, de la presse et d'information sont les fondements de notre démocratie. Leur destruction par l'UE et le gouvernement fédéral attaque la démocratie dans son cœur et étouffe toute liberté. C'est pourquoi nous disons : La liberté de Jacques Baud est la liberté de tous. Faisons tout pour montrer : Nous ne voulons pas d'un État totalitaire, où selon Orwell, l'État détermine ce qui est considéré comme la vérité.
Sevim Dagdelen est publiciste et membre du conseil d'administration de BSW. Elle a été membre du Bundestag allemand de 2005 à 2025.
La confiance des sociaux-démocrates à Bruxelles ne connaît pas de limites. En noir sur blanc, cela se manifeste maintenant dans le cas de Jacques Baud. Bruxelles a inscrit l'ancien colonel général suisse sur sa liste de sanctions avant Noël, car Baud aurait diffusé de la propagande russe, selon l'accusation.
Les camarades du PS montrent de la sympathie pour l'action de l'UE contre Baud. «Compte tenu des faits mentionnés, l'inscription sur la liste des sanctions semble appropriée», déclare Clément Borgeaud, porte-parole au secrétariat central des camarades.
Weltwoche voulait également savoir du co-président du parti, Cédric Wermuth, pourquoi le PS considère les sanctions comme justes. Cependant, Wermuth n'a pas répondu aux questions de ce journal.
Récemment, une porte-parole du parti avait déjà qualifié les mesures de Bruxelles contre Baud de «justifiées». De toute évidence, ce n'était pas une erreur, comme cela est désormais clair.
Il est donc clair: le PS semble manifestement apprécier que l'UE rende la vie cauchemardesque aux citoyens suisses - les comptes de Baud sont gelés et Bruxelles lui a également imposé une interdiction d'entrée dans l'espace de l'UE. Pour les camarades, cela ne pose pas de problème.
La nouvelle a suscité à l'étranger des critiques parfois virulentes : quelques jours avant Noël, l'UE a inscrit le colonel de l'état-major général suisse Jacques Baud sur sa liste de sanctions. Bruxelles l'accuse de diffuser de la propagande russe et a interdit à Baud d'entrer dans les États membres de l'UE et a gelé ses comptes.
Des militaires suisses de haut rang semblent s'en réjouir. Dans un article plus long, la Revue Militaire Suisse Générale (ASMZ) sur Linkedin défend la sanction contre Baud. L'ASMZ est l'organe de publication officiel de la Société Suisse des Officiers (SOG), l'organisation faîtière d'environ deux douzaines de sociétés cantonales d'officiers et 13 sociétés d'officiers spécialisées, regroupant au total environ 18'000 membres.
Le magazine militaire accuse Baud d'affaiblir les « valeurs libérales » et de rendre la société « incapable d'agir ». L'ASMZ ne montre aucune compréhension pour les Suisses qui voient maintenant la liberté d'expression en danger et expriment des critiques.
« Le cas Jacques Baud sert de signal d'alarme. Il oblige l'Europe et surtout la Suisse à quitter la zone de confort du débat classique sur la liberté d'expression pour se confronter à la réalité de la guerre de l'information. Dans ce contexte, la neutralité ne peut signifier regarder sans rien faire pendant que ses propres citoyens sapent sous faux drapeau l'architecture de sécurité du continent », déclare l'article.
L'ASMZ exprime même indirectement des critiques à l'égard de Berne, car Baud a toujours été laissé libre de ses actions. « Avec ce geste (la sanction de Baud, NDA), l'UE a abandonné sa naïveté. La Suisse n'en est qu'au début de ce processus. »
La Société Suisse des Officiers, qui publie l'ASMZ, prétend s'engager pour les « intérêts des officiers dans le cadre de la politique de sécurité suisse ».
Dans l'affaire Baud, les masques sont tombés. Au lieu de défendre Baud, l'ASMZ et la SOZ montrent de la compréhension pour les sanctions contre le citoyen suisse, qui a servi le pays pendant des décennies.
Baud, qui depuis 2022 a écrit plusieurs livres sur la guerre en Ukraine et critique la politique occidentale, a occupé des postes élevés à l'ONU, à l'OTAN, au Département fédéral des affaires étrangères et dans les services de renseignement militaire.
L'ancien officier du service de renseignement suisse Jacques Baud s'oppose aux sanctions imposées par l'UE en raison de la prétendue propagande prorusse. Le colonel d'état-major général, qui vit à Bruxelles, a annoncé qu'il déposerait une plainte auprès de la Cour de justice de l'Union européenne. « Il n'y a aucune preuve que j'ai commis un délit », a déclaré Baud à l'agence de presse Keystone-SDA. La décision est « purement politique, pas juridique ».
L'UE accuse Baud de « manipulation de l'information » en faveur de Moscou. En Suisse, l'affaire suscite des vagues politiques. Les conseillers nationaux UDC Jean-Luc Addor et Franz Grüter ont porté le sujet devant le parlement. Grüter a critiqué à la télévision suisse: « C'est une démarche antidémocratique. Les personnes concernées n'ont pas de recours légal. »
Baud, qui a auparavant occupé des fonctions élevées en matière de sécurité à l'ONU et à l'OTAN, voit dans les mesures une atteinte à la liberté d'expression. Il a également critiqué l'attitude hésitante de la Suisse. L'ambassadrice à La Haye lui a simplement envoyé sur demande des liens vers des sites de l'UE, sans révéler la position de la Suisse. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a confirmé que Baud avait contacté et demandé des informations sur les sanctions auprès des autorités de l'UE.
La phrase résonne encore. Lors de la conférence de presse gouvernementale du 17 décembre 2025, un représentant du cabinet de Friedrich Merz a menacé en lien avec l'action punitive de l'UE contre le Suisse Jacques Baud, qui s'était permis d'avoir une opinion divergente de celle de la Commission européenne: Cela s'est produit, cela continuera à se produire, cela s'est produit par le passé, «et tous ceux qui sont actifs dans ce domaine doivent s'attendre à ce que cela leur arrive aussi».
Nous avons déjà constaté l'évidence, à savoir qu'il s'agit de méthodes autoritaires qui sapent la démocratie libérale et l'état de droit démocratique par le haut. Et que cela concerne chacun et tous. Aujourd'hui, il est punissable de nommer le bleu comme couleur préférée, demain le rouge, après-demain le violet. La répression est toujours arbitraire.
Et bien sûr, il s'agit aussi de répandre la peur et la terreur avec un tel terrorisme idéologique. Merz suit ici les traces de Mao, à qui l'on attribue la phrase: «Punissez-en un, éduquez-en cent!»
Bien sûr, Merz n'est pas un meurtrier de masse comme Mao, une telle allusion serait insensée. Mais le principe de l'exemple dissuasif est le même.
Cela s'applique également aux nombreux cas où des citoyens de la République fédérale ont été poursuivis par l'État pour leurs opinions récalcitrantes, y compris des perquisitions à domicile par des unités armées à six heures du matin.
Le fait que l'UE place le citoyen suisse Jacques Baud sur une liste de sanctions en raison de ses opinions n'a aucune base juridique. Cela ne vient pas tout à fait comme une surprise.
L'administration Trump avertit depuis un certain temps déjà que l'UE piétine les droits fondamentaux de ses citoyens. «La liberté d'expression est en déclin en Europe», a déclaré le vice-président américain J.D. Vance en février à la conférence de sécurité de Munich.
Même en Suisse, on a averti de l'illégalité des sanctions de l'UE après que le Conseil fédéral les a reprises. Le conseiller aux États du Centre valaisan Beat Rieder avait même anticipé le cas Jacques Baud.
En mars 2024, donc il y a bientôt deux ans, Rieder avertissait ses collègues du Conseil des États: «À tous ceux qui pensent que les listes de sanctions de l'UE ne peuvent concerner que des Russes ou des entreprises russes, je dis: Attendons de voir.»
Ce n'était qu'une question de temps avant que le premier entrepreneur suisse ou le premier Suisse ne soit sur la liste. «Nous verrons si vous pouvez encore rester assis ici calmement et dire que cela ne nous intéresse pas.»
Rieder avait réussi à faire passer une motion (contre la volonté du Conseil fédéral) garantissant que, en Suisse, les conseils juridiques aux personnes et entreprises figurant sur les listes de sanctions de l'UE restent pleinement assurés.
«Les listes de sanctions unilatérales ont l'effet secondaire désagréable d'inclure des personnes qui n'ont pas leur place dessus. Elles doivent avoir la possibilité de se défendre», avait déclaré Rieder en séance plénière.
Le Conseil fédéral n'a pas encore mis en œuvre la motion de Rieder. Avec la sanction arbitraire de Jacques Baud par l'UE, la pression et l'urgence devraient maintenant augmenter pour enfin agir.
Que la Commission européenne punisse avec la plus grande sévérité un citoyen suisse comme le colonel d'état-major Jacques Baud parce qu'il exprime une opinion différente de celle d'Ursula von der Leyen et Kaja Kallas est un avertissement. Cela devrait faire réfléchir tout le monde. Car le terrorisme idéologique peut toucher n'importe qui.
Le mépris et Schadenfreude, qui transparaît même dans certaines déclarations officielles comme celle du département de la défense suisse, affirmant qu'il n'a « rien à voir avec cet homme », sont non seulement hautement non professionnels mais aussi incroyablement stupides.
Le cœur de la liberté d'expression réside précisément dans le fait qu'elle s'applique à tous, qu'on soit ou non d'accord avec leurs opinions.
Ceux qui trouvent tout à fait normal qu'un analyste militaire prétendument pro-russe soit sanctionné par l'appareil de pouvoir de l'UE sont prisonniers de leur carcan politico-idéologique et ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.
Un régime qui persécute et punit des personnes parce qu'elles ne suivent pas ses directives politiques est autoritaire. Ces méthodes autoritaires sont en réalité le problème. Dès demain, elles peuvent se retourner contre ceux qui aujourd'hui sourient avec Schadenfreude. Et aussi contre ceux qui ne défendent pas aujourd'hui le droit fondamental à la liberté d'expression.
Ceux qui ne lèvent pas la voix maintenant deviennent complices de l'injustice que cette UE apparemment hors de contrôle perpétue. Ceux qui ne lèvent pas la voix maintenant pourraient bientôt se retrouver eux-mêmes bâillonnés.
L'affaire du Colonel suisse Jacques Baud, sanctionné par l'UE en raison de ses opinions sur la guerre en Ukraine, préoccupe également l'Allemagne et le gouvernement fédéral. Lors de la conférence de presse gouvernementale du 17 décembre 2025, le ministère des Affaires étrangères a menacé « tous » les dissidents, affirmant qu'ils pourraient également être poursuivis, punis et sanctionnés.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Martin Giese, a littéralement déclaré qu'il était « devenu clair que les personnes qui font ce genre de choses [diffusent de la « désinformation », NdE], peuvent être sanctionnées, si des raisons juridiques le justifient et si une décision correspondante du Conseil de l'Union européenne est prise ». C'est « arrivé, cela continuera d'arriver, c'est arrivé dans le passé, et tous ceux qui évoluent dans ce domaine doivent s'attendre à ce que cela puisse également leur arriver ».
Giese a ajouté: « Je peux maintenant prendre un raccourci et dire: c'est une décision qui a été prise à Bruxelles. Mais je peux aller un peu plus loin et dire: oui, nous en sommes également convaincus. C'est pourquoi c'était une décision unanime. »
Le gouvernement fédéral non seulement soutient la sanction de Jacques Baud, citoyen suisse irréprochable, mais il est également « convaincu » qu'elle est juste et menace en même temps « tous » ceux qui expriment une opinion divergente de la ligne de la Commission européenne, de poursuites judiciaires et de sanctions.
Le gouvernement fédéral n'exprime aucun scrupule quant à la mise de côté de la liberté d'expression d'un revers de main. « Tous ceux qui ne sont pas d'accord avec leur sanction disposent de tous les recours juridiques possibles pour s'y opposer. Ils peuvent saisir le Conseil et également la Cour de justice de l'Union européenne », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Ce faisant, il ignore complètement le fait que le sanctionné Jacques Baud ne disposait d'aucun recours juridique. Il ne lui a même pas été accordé le droit d'être entendu, un principe fondamental de l'État de droit.
Que ceux qui détiennent le pouvoir aient tendance à en abuser est bien connu. Mais qu'ils exercent ce pouvoir de manière aussi flagrante que l'UE, et qu'ils le déclarent de manière aussi flagrante et ouverte, tout en lançant des menaces et des intimidations envers « tous » ceux qui expriment une opinion propre, est un comble. Des méthodes autoritaires apparaissent, sapant la démocratie libérale et l'État de droit démocratique d'en haut.
Si cela continue ainsi, alors bonne nuit, Bruxelles, bonne nuit, Berlin, bonne nuit, Europe libre.
Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) du conseiller fédéral Ignazio Cassis prétend être en contact avec Jacques Baud, le citoyen suisse détenu à Bruxelles. Pour des raisons de protection des données et de la personnalité, aucune autre information ne peut être fournie, a-t-il été déclaré vendredi.
Baud lui-même prétend le contraire. Il n'a rien entendu de la Suisse officielle, pas même de sa mission à Bruxelles dirigée par l'ambassadrice Rita Adam, a déclaré l'ancien employé du DFAE dans une interview avec le rédacteur en chef de Weltwoche, Roger Köppel. Pour les tiers, l'affaire ne peut actuellement pas être vérifiée de manière concluante.
Cela est également dû au fait que le DFAE lui-même ne fait rien pour créer de la transparence. Une demande de Weltwoche, en vertu de la loi sur la transparence, d'avoir accès à la correspondance relative à l'affaire Baud entre les bureaux du DFAE à Bruxelles et à Berne, a été reportée en raison des jours fériés.
Il convient d'ajouter que le Conseil fédéral, lors de sa séance de vendredi, la dernière avant les vacances de Noël, n'a même pas parlé de l'affaire Baud, comme l'a confirmé par la suite le ministre de la Justice Beat Jans. Cela signifie que le conseiller fédéral responsable, chef du DFAE Cassis, n'a même pas jugé nécessaire de mettre ses collègues du Conseil fédéral au courant avec une note d'information.
Par ailleurs, rien ne filtre du DFAE. Cassis aurait pu convoquer l'ambassadeur de l'UE en Suisse. Il aurait au moins pu clairement annoncer publiquement que le Conseil fédéral ne tolère pas que des citoyens suisses soient inscrits sur une liste de sanctions en raison de leurs opinions.
Pour rappel: le citoyen suisse Jacques Baud, colonel, employé de l'administration fédérale, de l'ONU ainsi que de l'Otan, a été placé par l'UE sur une liste de sanctions. Le Genevois de naissance agirait comme une "voix prorusse", selon l'accusation. Baud, qui vit à Bruxelles, n'est pas autorisé à voyager au sein de l'UE, et ses comptes sont également bloqués.
Que l'UE ait imposé des sanctions au Suisse Jacques Baud est un scandale. Mais soyons honnêtes: de cette institution, on n'aurait pas attendu autre chose, n'est-ce pas? Le plus grand scandale se déroule dans le pays natal de Baud, en Suisse. De la Confédération, on aurait pu espérer qu'elle viendrait en aide à son, eh bien, compatriote.
Comment ne pas penser aux mots si impressionnants et émouvants de Schiller? « Nous voulons être un seul peuple de frères, ne pas nous séparer dans la détresse et le danger... plutôt la mort, que de vivre dans l'esclavage. »
Si frères, alors plutôt Caïn et Abel. Aucune main ne s'est levée à Berne pour cet ancien serviteur de l'État, aucun murmure ne s'est fait entendre, aucune question n'a été posée.
Par exemple, sur quelle base juridique l'UE peut-elle retirer à un citoyen d'un pays étranger le droit à la libre circulation? Peut-elle le voler de facto en gelant ses comptes? Selon quelle loi l'UE interdit-elle à un citoyen de l'UE de donner de l'argent à un Suisse?
On aurait pu s'attendre à des protestations véhémentes, à la convocation de l'ambassadeur de l'UE, à la menace de poursuites devant les tribunaux internationaux. Mais rien. Silence. Pas un silence gênant. Un silence lâche.
Si ce Conseil fédéral avait eu le pouvoir du temps de Tell, un couvre-chef serait toujours suspendu à la perche. Seulement aujourd'hui, ce serait probablement une casquette de baseball.
La guerre et la paix sont les thèmes de sa vie. Jacques Baud, 67 ans, économiste de Genève, a servi à partir de 1982 dans le service de renseignement suisse. Là, il a analysé les forces armées du Pacte de Varsovie. Son attention était centrée sur les troupes, les armes et la stratégie. Pour cela, il a appris le russe.
Plus tard, il s'est rendu au Rwanda, où il s'est engagé dans des camps de réfugiés pour le compte du Département fédéral des affaires étrangères suisse. À partir de 1996, il a dirigé le service de renseignement de la mission de paix de l'ONU au Soudan et a rencontré Kofi Annan, le futur secrétaire général de l'ONU. Ce dernier l'a ensuite appelé à New York et l'a nommé chef du département des affaires militaires et des opérations de maintien de la paix. Des guerres en Irak, en Libye et en Afghanistan, Baud a tiré des leçons pour les futurs projets de paix.
En 2011, il a rejoint l'OTAN, notamment pendant un an en tant que chef de la division de la lutte contre la prolifération des armes légères. Un écart entre mission et politique, selon Baud. «La plupart du temps, ce sont les pays de l'OTAN qui distribuent des armes illégales.» Déjà à l'époque, l'Ukraine était un sujet constant, surtout pendant la crise de la Crimée. Baud, stationné à Bruxelles, était au plus proche des décideurs.
Lorsque la poudrière menaçait d'exploser fin de l'année dernière, il a écrit, maintenant à la retraite, le livre «Poutine, maître du jeu?» - Poutine, maître du jeu? Sa thèse: il ne s'agit pas tant de Poutine que du conflit entre l'Est et l'Ouest.
Weltwoche: Monsieur Baud, vous vous êtes occupé toute votre vie de la guerre et de la paix. Quelle est votre découverte la plus importante à propos de la guerre?
Jacques Baud: Que nous la créons nous-mêmes. Dans le monde, il existe des sociétés différentes avec des systèmes d'État et économiques variés. Parce que tout le monde ne veut pas avoir et faire la même chose, les gens se disputent.
Weltwoche: Quelle est la recette la plus importante pour pacifier la guerre?
Baud: Ma réponse peut sembler banale, mais il ne faut pas vouloir la guerre, plutôt que simplement en parler. L'Ukraine en est un exemple: nous voulons notre paix, pas un état général pacifique quelconque, c'est le problème. Nous voulons ce qui nous convient, en Occident. Il en résulte des pseudo-pacifications comme en Irak ou en Libye.
Weltwoche: Vous avez écrit un livre sur Poutine, sur ce que la Russie veut comme relation avec l'Europe. Qu'avez-vous découvert?
Baud: L'Occident n'a jamais vraiment voulu comprendre les Russes, pas seulement Poutine, depuis la guerre froide, mais peut-être même avant. L'impulsion pour mon livre était une émission avec beaucoup, beaucoup de fausses informations. J'ai réalisé que nous ne voulions pas comprendre la Russie, l'arrogance de notre succès est un obstacle. Comme pour dire: nous sommes bons, les autres, les Russes, ne le sont pas, alors ils doivent devenir comme nous, sinon ils ne sont pas bons.
Weltwoche: Où voyez-vous le plus grand malentendu de l'Occident vis-à-vis de l'Est?
Baud: Cela a commencé pendant la guerre froide, avec deux blocs antagonistes. Logiquement, il y avait méfiance. Après cela, surtout après la première guerre du Golfe, les Américains ont considéré qu'il était normal d'être la puissance de ce monde. Le reste devait se soumettre. Y compris la Russie, qui à l'époque, après soixante-dix ans de communisme, était faible; elle ne devait pas s'élever en puissance mondiale. Pour justifier son confinement, on projetait une sorte d'ambition soviétique, d'en vouloir toujours plus - ce qui était faux. On a transféré les vieux préjugés malveillants en un contre un sur la Russie. Jusqu'à aujourd'hui. Ceux qui lisent les journaux se rendent compte que le choix des mots n'a pas changé. Beaucoup ne savent même pas ce qu'est vraiment Poutine, s'il est communiste ou non. L'image de l'ennemi de la puissance qui cherche à s'élargir est restée.
Weltwoche: Comment comprenez-vous Poutine? Que veut-il?
Baud: Poutine aspire à la reconnaissance. Il veut qu'on prenne son pays au sérieux, comme un véritable pays. Pendant les années 1990, les relations entre la Russie et l'Occident ont fonctionné, car le gouvernement de Eltsine était faible. Cela a bien fonctionné jusqu'au début des années 2000, lorsque les Américains ont commencé à se retirer des traités de contrôle des armes. C'était une ligne rouge pour les Russes. Début 2002, lorsque les États-Unis se sont retirés du traité ABM [Traité sur la limitation des systèmes de défense antibalistique, ndlr], l'Occident a mis fin à un jeu équitable - c'est ainsi que cela a été perçu, du point de vue russe. L'Amérique a entrepris des efforts pour stationner des missiles en Europe de l'Est. Ce qui a conduit, en 2007, à l'infâme discours de Poutine à Munich. En substance, il disait: Maintenant, arrêtez. Ce qui a contrarié l'Occident: un leader russe qui dit que cela ne peut pas continuer ainsi? Inacceptable! C'était la rupture entre l'Ouest et l'Est.
Weltwoche: Et que veut Poutine en Ukraine?
Baud: Attendez, vous allez trop vite! Je veux dire que si personne, c'est-à-dire l'Ukraine, n'avait militairement menacé le Donbass, la Russie ne serait pas intervenue. Tous les autres problèmes, comme l'élargissement de l'OTAN, la Russie voulait les résoudre politiquement, par la diplomatie. Puis, fin de l'année dernière, l'Occident a spéculé sur une attaque de la Russie contre l'Ukraine. Peut-être que Poutine a senti qu'il y avait une possibilité de remettre l'élargissement de l'OTAN sur la table. En tout cas, la Russie a fait des propositions, que l'Occident a ignorées, voire ridiculisées. Lorsque, début de l'année, il y a eu des signes que l'Ukraine se préparait à attaquer le Donbass, Poutine a perdu patience. Ce que l'Ukraine a fait était la continuation de ce qu'Oleksiy Arestovych, le conseiller personnel de Zelensky, avait dit en mars 2019: que l'Ukraine avait besoin d'une guerre contre la Russie, dont la victoire permettrait à l'Ukraine de rejoindre l'OTAN. Et ils feraient tout pour que la guerre ait lieu.
Weltwoche: A-t-il réellement dit cela?
Baud: Oui, dans une interview au média ukrainien A’, vous pouvez le vérifier sur Internet.
Weltwoche: Pourquoi l'Ukraine voudrait-elle la guerre? Quel est l'intérêt?
Baud: L'idée était qu'avec un conflit ouvert, on pourrait infliger une défaite à la Russie et ainsi rejoindre l'OTAN. Que cette évaluation soit folle ou non, je laisse cela au lecteur. Mais cela semblait bien être l'opinion de la direction politique ukrainienne.
Weltwoche: Entre-temps, le président Zelensky a proposé que l'Ukraine soit prête pour une neutralisation et une sécurisation internationale. Cela ne serait-il pas dans l'intérêt de Poutine pour mettre fin à la guerre?
Baud: Cette proposition a été rapidement retirée en mars sous la pression des États-Unis et de Boris Johnson. La stratégie de l'Ukraine au Donbass reposait sur la fausse hypothèse que l'OTAN viendrait à leur aide. Peut-être ont-ils surestimé l'alliance. Zelensky a lui-même dit qu'il avait été trompé à cet égard, qu'il avait espéré qu'on l'aiderait – avec une «zone d'exclusion aérienne» par exemple. Il comptait sur beaucoup plus de soutien de l'OTAN. Mais cela ne s'est pas produit.
«Les Américains veulent affaiblir la Russie. L'Europe n'a pas intérêt à cet objectif.»
Weltwoche: Pourquoi pas? Quels sont les intérêts de l'Occident?
Baud: Comme je l'ai dit: La paix est lorsque l'on veut la paix, et on ne la veut pas. Je crois que l'Occident espère encore, avec cette guerre, affaiblir la Russie et favoriser un changement de régime. Les événements le montrent: Le 24 février, la Russie a attaqué, et dès le lendemain Zelensky était prêt à négocier. Seulement: Deux jours plus tard, l'UE est intervenue et a dit: Non, combattez; voici 450 millions d'euros pour des armes. Même chose un mois plus tard: le 21 mars, Zelensky a dit qu'il voulait parler avec Poutine. Deux jours plus tard, l'UE annonçait: Non, voici encore un demi-million – pour la guerre. La pression de Johnson et Biden s'est ajoutée pour retirer la proposition de négociation. Pour moi, il est clair que l'Ukraine est utilisée pour renverser Poutine.
Weltwoche: La situation en Occident est différente: l'Amérique est loin, alors que la guerre se déroule en Europe. Les intérêts du côté occidental coïncident-ils?
Baud: Pas du tout! Cela fait partie de l'irrationalité: Les Américains – et je ne suis pas le seul à le dire, des professeurs et des intellectuels aussi – veulent affaiblir la Russie, la marginaliser par des sanctions et des armes. C'est du harcèlement stratégique. L'Europe n'a pas intérêt à cet objectif. L'Europe est trop proche et bien trop liée à la Russie. La question est de savoir pourquoi l'UE suit cette politique.
Weltwoche: Votre explication?
Baud: Ça, je ne le sais pas. Il est clair qu'il y a des points de convergence, mais je ne comprends pas l'UE. Une partie de la politique agressive envers la Russie repose probablement sur les pays de la nouvelle Europe, sur les anciens pays du bloc de l'Est qui détestent la Russie pour des raisons historiques. C'est une sorte de revanche des pays qui ont déjà combattu les Soviétiques dans les années vingt et trente – les États baltes, la Pologne, l'Ukraine. Tous des pays qui ont été occupés par l'Union soviétique. Le problème de l'Europe est que l'UE ne peut pas décider sans ces pays-là, mais l'Ouest ne se sent pas concerné de la même manière par ce qui se passe à l'Est. L'Espagne ou le Portugal, par exemple. La musique de guerre joue à l'Est. C'est exactement le contraire de ce qu'il en était autrefois pour la migration, lorsque les États de l'Est étaient moins intéressés par des solutions que la Grèce, l'Espagne ou l'Italie. Aujourd'hui aussi, le problème est asymétrique, mais les solutions sont seulement symétriques.
Weltwoche: Que veut la Suisse dans cette guerre?
Baud: La Suisse ne gagnera rien dans cette guerre. Zéro! C'est pourquoi je ne comprends pas la position du Conseil fédéral. Pour moi, c'est clair, la Suisse a toujours été, dans son histoire sécuritaire, le pays entre les deux, le médiateur. C'était notre destin historique d'utiliser la neutralité au service de la paix. Malheureusement, cette tradition est passée. Je ne vois pas comment nos politiciens peuvent encore impliquer la Suisse dans ce conflit. Les sanctions contre la Russie reviennent pratiquement à entrer en guerre. La Suisse est le deuxième pays après le Royaume-Uni et devant les États-Unis à adopter le plus de sanctions contre la Russie.
Weltwoche: Cassis a parlé de «neutralité coopérative», qu'il voulait maintenir. Qu'en pensez-vous?
Baud: Si vous me demandez, notre neutralité a toujours été coopérative. Pendant la guerre froide, nous avons entretenu des relations avec tous nos voisins. Bien sûr, pas avec le KGB en matière de renseignement. Je crois même que les pays de l'OTAN nous voyaient toujours comme un membre, de manière informelle certes, mais c'était l'état d'esprit. Nous faisions partie de l'Occident, plus amis que ennemis. Pour moi, c'était de la neutralité coopérative; discrète, sans s'attirer les foudres de l'autre côté. Je ne sais pas ce que Cassis veut avec sa neutralité coopérative. Pour moi, c'est un exercice intellectuel d'alibi.
Weltwoche: À quoi devrait ressembler la neutralité suisse aujourd'hui?
Baud: Pas de sanctions contre la Russie, et nous devrions activement offrir nos bons offices pour une négociation. Mais ce n'est qu'un jeu d'esprit. Je pense que la pression politique de l'extérieur est trop forte. En défense de Cassis, il faut dire que même les pays de l'UE et de l'OTAN ont été contraints de participer aux sanctions. En fin de compte, la question se pose, la Suisse est-elle encore dirigée par des Suisses?
Weltwoche: Que voulez-vous dire?
Baud: Je ne le pense pas. Dès que les intérêts des États-Unis sont dans la balance, notre politique étrangère est dictée par l'étranger. Nous ne sommes plus en mesure de prendre des décisions indépendantes. Lorsque je vois comment les États-Unis mettent la pression sur d'autres pays avec des sanctions et d'autres moyens, je doute fortement que la Suisse ait pu et puisse prendre des décisions en toute indépendance. Après tout, les Américains veulent une Europe unie contre la Russie. Et l'UE veut la même chose. Ainsi, la Suisse est maniable, nous sommes si étroitement liés. Je peux imaginer que l'UE - comme avec la Hongrie - dit: Si vous ne participez pas à nos sanctions, nous vous sanctionnerons.
Weltwoche: Si vous étiez conseiller en politique étrangère du Conseil fédéral, quel serait votre conseil? Que faut-il faire maintenant pour revenir sur le chemin politiquement neutre correct?
Baud: Je crains que pour la Suisse, le train ne soit déjà parti. Lorsque je suis les derniers développements sur le champ de bataille, je suis du même avis qu'Henry Kissinger: Il faut une approche pragmatique, de la realpolitik - arrêter immédiatement l'effusion de sang et s'asseoir à la table des négociations. Malheureusement, la Suisse ne peut rien apporter, la Russie nous a mis sur la liste des «États inamicaux». Notre position neutre est révolue – des deux côtés. Je ne suis pas même sûr que Zelensky nous fasse confiance. Nous avons certes les compétences nécessaires, mais nous n'avons plus de poids face à la Russie. Par conséquent, la Suisse ferait bien maintenant de faire d'énormes efforts diplomatiques pour se mettre en orbite positive vis-à-vis de la Russie. Seulement: Cela signifierait une réaction de l'UE et de l'Amérique. Ce qui me renforce dans l'idée: La Suisse est dans une impasse en matière de politique étrangère. Dommage! On aurait dû se proposer dès le début du conflit. Parce qu'on est neutres. Maintenant, ce n'est plus possible.
Weltwoche: Quelle est la gravité du fait que la Suisse figure sur cette liste des «États inamicaux»?
Baud: Cela a principalement des conséquences économiques. Et nous aurons probablement moins d'échanges politiques. Mais ce n'est pas le pire: c'est une évaluation morale de la part de la Russie à notre égard, une question de confiance perdue. Pour être médiateur, il faudrait avoir le courage de s'imposer face au mal comme au bien – comme un arbitre sur un terrain de football. Si une équipe pense que l'arbitre siffle en faveur de l'adversaire, l'arbitre peut raccrocher son sifflet. La Suisse en est là.
Weltwoche: Voyez-vous - malgré tout - des signes que cette guerre pourrait bientôt prendre fin?
Baud: Je vois que lentement, la véritable réalité se révèle. Pas celle que nous montrent les médias. Mais celle qui montre que l'Ukraine est en train de perdre; que la Russie va mieux que ce qu'on nous fait croire. On commence à se demander progressivement si – comme le dit Henry Kissinger – il est judicieux de continuer une telle guerre. Finalement, cela revient à jouer avec la population ukrainienne. Peu importe ce que l'on pense de l'Ukraine, de l'OTAN ou de Poutine, une réalité amère pousse et crie littéralement: Arrêtons tout, asseyons-nous à une table et trouvons une solution. Apparemment, qu'on le veuille ou non, cela ne se fera pas sans concessions à la Russie. Mais plus on attend, plus les concessions seront importantes.
Weltwoche: À quoi vous accrochez-vous pour regarder l'avenir avec optimisme?
Baud: En fait, cela ne peut pas être bien pire. Mais je crois que la rhétorique disant que l'Ukraine gagne, avec des sanctions et des armes occidentales, commence lentement à s'estomper. Parce que nous revenons à la réalité.
Weltwoche: Un choc de réalité comme remède?
Baud: Exactement. L'atmosphère de faucons de guerre s'estompe progressivement. Des voix plus nuancées se font entendre de plus en plus. La discussion devient plus ouverte, plus constructive. Cela explique aussi pourquoi dans le New York Times, qui est totalement pro-Démocrates et antirusse, on réflechit déjà à savoir si l'on n'a peut-être pas exagéré. Maintenant, il ne reste plus qu'aux politiciens à céder et à sortir de ce schéma de pensée binaire. Si les voix raisonnables continuent de se multiplier, ça ira bien.
Le Britannique Bernard Connolly (né en 1949) a étudié à Oxford et a travaillé à Wall Street, puis au département de prévision de la Confédération de l'Industrie Britannique. En 1978, alors que le chancelier allemand Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing s'accordaient sur un système monétaire européen, il est devenu collaborateur de la Commission européenne. En 1990, il a été promu chef de l'unité 3 (Système monétaire européen, politique monétaire nationale et communautaire) à la direction des Affaires monétaires. À partir de 1991, Connelly a rédigé de nombreux projets d'essais sur l'avenir de l'Europe dans le cadre de l'union monétaire européenne. Cependant, la publication de ces essais lui a été interdite en vertu de son statut de fonctionnaire, car ils ne soutenaient pas les nobles promesses de l'élite de l'UE.
Lorsqu'il a publié son livre « The Rotten Heart of Europe » (Le cœur pourri de l'Europe) en 1995 pendant son temps libre et lors d'un congé de trois mois, une procédure disciplinaire a été ouverte contre lui car il soutenait que l'union monétaire européenne, le précurseur de l'euro, ne serait pas un paradis, contrairement à la propagande de l'UE.
Lorsque Connolly a été suspendu de ses fonctions, la Commission européenne a lancé contre lui une campagne de diffamation. L'accès aux bâtiments de la Commission lui a été interdit. Avec des photos affichées aux entrées et dans les garages, il a été stigmatisé comme un terroriste. On lui a interdit de quitter Bruxelles et il a reçu des visites nocturnes du service secret, peu connu du grand public, de la Commission européenne. La procédure disciplinaire s'est déroulée en dehors de tout état de droit et n'a servi qu'à justifier la sanction déjà décidée cinq mois auparavant. Connolly a finalement été licencié en janvier 1996. Aujourd'hui, il travaille comme analyste indépendant pour des questions économiques et politiques à New York et intervient régulièrement dans la presse financière internationale.
Quelles étaient les thèses essentielles de Connolly pour lesquelles il a été persécuté comme un criminel dangereux?
Premièrement: Selon Connolly, l'union monétaire a été principalement lancée pour servir les intérêts des bureaucrates d'élite français. Cette vision semble justifiée si l'on considère la conquête méthodique des hautes positions dans les institutions économiques clés par les politiciens et hauts fonctionnaires français ces dernières années. L'année 2010 est considérée comme l'année de pointe où la France a occupé presque toutes les positions clés importantes dans les comités économiques internationaux: OMC: Directeur Lamy, BCE: Président Trichet, FMI: Strauss-Kahn, puis Lagarde, présidence du G-8 et du G-20: Président Sarkozy, direction politique de l'UE effectivement l'équipe Sarkozy/Merkel, qui se coordonnent avant les réunions décisives, fixant des conditions et des exigences. La composition actuelle de la présidence de la BCE avec Christine Lagarde et la nomination de Stéphane Séjourné comme commissaire européen pour la prospérité et une stratégie industrielle européenne (industrie, PME, marché intérieur) montre également que la France veut avoir son mot à dire sur les questions économiques. Des parties du Parlement européen et de l'administration ont été installées à Strasbourg, ainsi que la chaîne de télévision sponsorisée par l'UE Arte et le Conseil de l'Europe. Le siège principal de l'OCDE se trouve à Paris et, après le Brexit, l'Autorité bancaire européenne est également basée là-bas. Grâce à l'appareil administratif, la France peut exercer une grande influence sur ces organisations internationales.
Deuxièmement, Connolly a également critiqué l'élite de l'UE avec véhémence. Il dévoile des agendas cachés, de la propagande et la perte du contrôle démocratique. Il voit l'union monétaire comme un instrument de pouvoir d'une élite bureaucratique qui sape les souverainetés nationales.
Enfin: Concernant la critique principale sur l'union monétaire, Connolly constate que l'union monétaire servait d'abord de rempart contre la pénétration des valeurs anglo-saxonnes en Europe. Lorsqu'on a réalisé que l'union monétaire détruirait des emplois et transformerait les finances publiques en une économie de la dette, on a changé la justification pour éviter une perte de confiance. Désormais, l'union monétaire était hautement stylisée comme un projet politique (souvent aujourd'hui appelé projet de paix) et plus comme une arme économique miracle. Les pays centraux de la future politique et économie européennes devraient être ceux qui étaient déjà unis sous Charlemagne. Les pays périphériques du sud, de l'ouest et du nord seraient dégradés en États vassaux des pays centraux. Un regard sur la division actuelle de l'UE en pays périphériques économiquement faibles, y compris les anciens pays du bloc de l'Est discriminés (Hongrie, Slovaquie, Pologne) et les pays centraux dominants confirme cette thèse.
Quiconque observe l'évolution de l'UE et ses problèmes de dette, ainsi que les importantes pertes de pouvoir d'achat de l'euro depuis l'introduction de la monnaie commune, constatera que Connolly avait raison sur tous les points. Il a été poursuivi et humilié simplement parce que ses prédictions ne correspondaient pas au projet de l'élite de l'UE. Dommage que le livre de Connolly ne soit disponible que dans les librairies d'occasion. Il pourrait servir de leçon salutaire sur la réalité de l'UE à certains pro-européens.
La Commission européenne punit un colonel suisse parce qu'il pense différemment de la guerre en Ukraine que les commissaires de Bruxelles et le met sur la liste des sanctions. Cela signifie pour Jacques Baud une interdiction d'entrée et de transit dans les États de l'UE et ses comptes (s'il en a dans les pays européens) seront gelés. Il faut imaginer cela.
Seulement parce qu'il apparaît comme invité dans des médias prorusses, les grands de l'UE l'ont déclaré ennemi d'État. On se demande aussi: Comment est-il possible que seule la Weltwoche s'insurge lorsqu'un citoyen suisse est harcelé à l'étranger par une autorité supranationale et que la Commission européenne tente avec des sanctions absurdes de réduire au silence l'un des analystes les plus renommés de la guerre en Ukraine?
Qu'en était-il encore de ces valeurs communes que les Ukrainiens défendent dans la guerre contre la Russie? La liberté d'expression n'en fait-elle pas partie, mais n'est-elle valable que si elle coïncide par hasard avec la pensée des grands de l'UE?
Ce que l'UE et sa représentante des affaires étrangères, Kaja Kallas, ont fait dans le cas de Jacques Baud en ignorant effrontément la liberté d'expression est une pure infamie. Désolé, mais on ne peut pas le dire autrement.
Le prétendu pouvoir de l'UE s'est depuis longtemps transformé en impuissance dans les relations extérieures. Elle se sent donc poussée à agir de la pire manière possible là où elle a encore une marge de manœuvre: en sanctionnant un penseur libre du pays neutre qu'est la Suisse.
Cela ne devrait-il pas nous alerter? Surtout en ce qui concerne les nouveaux traités avec cette organisation qui apparemment ne veut pas seulement nous imposer ses lois, mais maintenant aussi nous dicter ce que nous pouvons dire.
La sanction contre Jacques Baud, un ancien colonel de l'état-major de l'armée suisse, fait des vagues dans la presse allemande.
Andreas Rosenfelder, commentateur en chef de Die Welt, voit la liberté d'expression en danger. « L'UE s'engage de plus en plus dans l'atteinte au droit fondamental à la liberté d'expression à l'ombre du conflit en Ukraine », juge le journaliste.
Rosenfelder considère que l'approche de l'UE est une forme de « censure » et suggère que même un Vladimir Poutine pourrait prendre exemple sur Bruxelles pour combattre la « désinformation » à l'avenir.
Ce sont des mots remarquables pour un journaliste qui n'est pas un ami de Baud. Il qualifie l'ancien officier de renseignement suisse de « commentateur mystique mondial ». Il n'est pas d'accord avec les positions de celui-ci. Au contraire. « Il faut critiquer sévèrement le point de vue de Baud sur le contenu. »
Mais ce n’est pas le point. Exprimer une opinion différente n'est finalement pas « condamnable ».
Rosenfelder a raison. La critique vient maintenant de l'Allemagne. Dans la presse suisse, la tempête d'indignation ne s'est pas encore manifestée.
Le conseiller fédéral SP Beat Jans montre peu de compréhension pour Jacques Baud. Le Conseil fédéral n'a pas discuté des sanctions de l'UE contre le ressortissant suisse lors de sa séance de vendredi, a déclaré le ministre de la Justice en réponse à la Weltwoche.
À la question de savoir s'il pouvait encore conseiller aux citoyens suisses de se rendre dans l'UE, Jans a d'abord ri. Finalement, il a répondu par: « Oui. » Toutefois, le cas Baud prouve que la question n'a rien d'absurde.
Baud, qui vit en Belgique, n'est plus autorisé à voyager dans l'UE, et ses comptes sont également gelés. L'UE l'a placé sur une liste de sanctions au début de la semaine. L'accusation de l'UE: Le natif de Genève est considéré comme « un porte-parole de la propagande prorusse ».
Le cas montre: Toute personne sanctionnée par l'UE en raison de ses opinions ne doit pas s'attendre à recevoir de l'aide officielle de la Suisse. Le département des affaires étrangères a annoncé vendredi soir, en réponse à une demande, être en contact avec l'UE. Ce que cela signifie exactement reste pour l'instant flou.
On ne le répétera jamais assez: Jacques Baud n'a jamais été condamné, jamais inculpé, même pas entendu. Le Conseil européen a décidé, après une délibération secrète, que Baud ne pouvait plus voyager, que tous ses avoirs devaient être gelés. Quiconque traite des affaires avec lui — en lui louant un appartement par exemple ou en contractant une assurance maladie avec lui — se rend coupable. Unique justification: Il aurait soutenu la thèse selon laquelle l'Ukraine aurait provoqué délibérément la guerre avec la Russie pour ainsi entrer dans l'OTAN.
Et parce qu'il ne s'agit pas d'un jugement judiciaire du Conseil de l'UE, il n'existe aucun recours contre cet ukase. Tout immigré illégal d'Afrique a plus de droits que Baud. Kafka salue.
Tout cela est-il simplement un malentendu, l'erreur d'un fonctionnaire surenthousiaste à Bruxelles? La déclaration du gouvernement allemand laisse supposer qu'un exemple délibéré a été établi ici: Nous sommes en guerre contre la Russie, quiconque remet en question le narratif officiel doit s'attendre à la destruction de ses moyens d'existence. L'opposition est futile.
La restriction de la liberté d'expression et d'opinion n'est pas non plus nouvelle. Elle a déjà été exercée lors du battage médiatique autour du coronavirus et doit désormais être institutionnalisée par le contrôle systématique des médias sociaux. « Protection de la population contre la désinformation et la propagande » est la clé. Mais bien sûr. Chaque censeur ne veut que le meilleur pour le peuple ignorant qu'il faut protéger des fausses nouvelles. Cela a toujours été ainsi.
Comment est-il possible que l'Europe — le berceau de la Renaissance, de l'Éclairage, de la Démocratie, de la Liberté, de l'État de droit — trahisse ses valeurs les plus profondes de manière aussi flagrante?
Le problème réside dans une UE qui s'est transformée d'une union multinationale prometteuse de paix, d'économie et de valeurs en un colosse pseudo-étatique contrôlé par des bureaucrates, qui rappelle de plus en plus le monstre de Frankenstein. Extérieurement, tout est là, ce qui constitue un organisme, mais il lui manque l'âme. Une créature de laboratoire qui ne sait pas ce qu'elle est et ce qu'elle veut – et qu'on ne sait s'il faut craindre ou plaindre.
Cette lettre ouverte sera envoyée le week-end du 20 et 21 décembre 2025 au département fédéral des affaires étrangères. Elle a été initiée par l'expert en neutralité Dr. Pascal Lottaz, professeur associé à l'Université de Kyoto – Vous pouvez vous inscrire comme co-signataire dans le formulaire lié. Nous la documentons dans son intégralité. Intervention du DFAE en faveur de deux citoyens suisses sanctionnés sur la liste de sanctions de l'UE Monsieur le Conseiller fédéral, Monsieur le Chef du DFAE, En tant que citoyens suisses issus des domaines académiques, diplomatiques, journalistiques, activistes et juridiques, nous nous adressons à vous. Avec consternation, nous avons appris que deux citoyens suisses – le Colonel Jacques Baud et Nathalie Yamb – ont été placés sur une liste de sanctions de l'Union européenne sans qu'une procédure judiciaire régulière ait été menée à leur encontre, sans qu'ils aient eu droit à être entendus légalement ni que des actes légalement répréhensibles leur aient été prouvés. Les sanctions semblent manifestement basées sur des expressions d'opinions politiques et des déclarations publiques. Selon nous, cette démarche constitue une atteinte grave aux droits humains fondamentaux, notamment à:
la liberté d'opinion et d'expression,
le droit à un procès équitable,
ainsi que la protection contre des sanctions arbitraires.
Que des citoyens suisses soient sanctionnés de fait par une communauté étrangère sans décision judiciaire et sans audition individuelle est extrêmement problématique d'un point de vue de l'état de droit. Cela contredit des principes fondamentaux que la Suisse défend traditionnellement – tant dans le cadre de sa neutralité que de son engagement pour le droit international et les droits de l'homme. Nous estimons inacceptable que des expressions politiques – même si elles sont controversées ou gênantes – soient répondues par des mesures répressives. Une telle pratique crée un précédent dangereux qui va bien au-delà des deux personnes concernées et sape le fondement des sociétés pluralistes et démocratiques. Dans ce contexte, nous demandons explicitement au Département fédéral des affaires étrangères, dans la mesure de ses possibilités:
d'intervenir formellement auprès de l'Union européenne,
de protester contre l'inscription de citoyens suisses sur la liste de sanctions de l'UE,
de les soutenir et protéger consulaires pleinement,
d'interdire aux banques, institutions de crédit et autres entreprises suisses de mettre en œuvre des sanctions de l'UE contre ces personnes au niveau national.
Nous attendons de la Suisse qu'elle protège ses citoyens lorsque leurs droits fondamentaux sont restreints sans fondement judiciaire, indépendamment du fait que leurs positions politiques soient majoritaires ou non. La protection de l'état de droit ne doit jamais dépendre de l'accord sur le contenu. Monsieur le Conseiller fédéral, nous vous prions instamment d'accorder à cette affaire l'attention nécessaire et d'agir dans le sens de la tradition de l'état de droit en Suisse. Nous apprécierions un retour sur la position et les actions du DFAE. Avec nos meilleures salutations Dr. Pascal Lottaz, Professeur associé, Université de Kyoto
En 2013, l'Institut für Demoskopie Allensbach s'est penché sur l'intolérance en Allemagne. À la suite de ses investigations, il a écrit: « L'idée que le principe de la liberté d'expression, inscrit dans la Constitution, s'applique également aux opinions marginales, aux transgressions taboues et aux positions moralement peut-être difficiles à supporter, est manifestement étrangère à de nombreuses personnes. »
Aujourd'hui, il faut malheureusement constater que l'UE, qui se considère comme la cible d'une guerre « hybride » menée par la Russie, est prête à utiliser pratiquement tout moyen pour gagner et sanctionner des opinions politiques. Ou bien ne comprend-elle pas du tout ce qu'elle fait?
C'est une chose si l'on prend des sanctions contre des personnes impliquées de manière importante dans la planification, l'exécution et le contrôle des actes de guerre de la Russie, et une toute autre chose lorsqu'il s'agit d'opinions politiques de journalistes et de publicistes occidentaux. Ils sont transformés en aides idéologiques du Kremlin et qualifiés de menace pour la « sécurité » de l'UE. Théoriquement, l'UE peut imposer des sanctions à qui elle veut. Pratiquement, les sanctions politiques ont cependant les effets les plus graves pour les personnes résidant dans l'UE: du jour au lendemain, elles ne sont pas seulement mises au pilori. Elles ne peuvent plus vivre que d'un strict minimum. Toutes les autres personnes sanctionnées, tant qu'elles résident hors de l'UE, ressentent beaucoup moins, voire pas du tout les effets réels.
Maintenant, l'intellectuel suisse Jacques Baud, un ancien officier du renseignement, a également été inclus dans la liste des sanctions. Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche, a mené un entretien avec lui, qui m'a profondément bouleversé. Ce Baud avisé, qui a tant d'expérience internationale à son actif et a servi aussi à l'OTAN, ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il ne savait pas comment se défendre. Personne ne l'avait contacté auparavant pour lui demander de répondre aux accusations. Personne ne lui avait dit que l'UE n'avait même pas à le notifier. Une publication au Journal officiel de l'UE suffit.
Il n'existe pas d'avis d'entraide juridique de l'UE pour des personnes comme Baud, qui soudainement, du jour au lendemain, sont sanctionnées par l'UE: les avoirs sont gelés, la liberté de mouvement est retirée. On vit en tant que citoyen de l'UE ou résident dans l'UE (le Suisse Baud vit en Belgique) seulement de ce que l'État de résidence accorde en strict minimum. À condition d'avoir des économies. Il est également interdit de travailler pour gagner sa vie. Quiconque dans l'UE fournit de l'aide matérielle ou financière à une personne ainsi sanctionnée se rend coupable.
Il faut très bien connaître les méandres du droit de l'UE pour savoir quels droits il reste dans une telle situation. Toute cette misérable décision n° 2024/2643, qui a maintenant été utilisée pour appliquer des sanctions contre Baud, est un pur produit bureaucratique, approuvé par le Conseil des ministres des Finances sans débat le 8 octobre 2024.
J'aimerais beaucoup savoir si un ministre des Affaires étrangères de l'UE a jamais vérifié si cet acte juridique est légitime, compatible avec le traité de l'UE, les principes de l'État de droit et les normes internationales des droits de l'homme.
Selon cette décision, les personnes sanctionnées ont le droit de présenter ultérieurement un avis au Conseil. Si elles parviennent à convaincre, le Conseil peut réviser sa décision. Pourquoi ceux qui ont mis des personnes sur la liste des sanctions admettraient-ils maintenant avoir commis une erreur? Les politiciens ne font pas d'erreurs, comme on sait.
La décision, qui concerne désormais également Baud, n'a pas non plus été discutée au niveau ministériel. En raison de la nature de la politique de sanctions, les projets de décision ne sont accessibles qu'à un petit nombre de personnes, de sorte que même les parlementaires des États membres de l'UE n'ont probablement pas eu l'occasion de les examiner en détail.
Tout se déroule sous le titre: réaction contre la guerre « hybride » russe. Baud peut, s'il se heurte à un mur lors de son recours devant le Conseil, saisir alors la Cour de justice de l'Union européenne à Luxembourg. Une telle procédure prend du temps. Un recours devant une juridiction nationale ou la Cour européenne des droits de l'homme n'est d'aucune utilité.
En principe, le Conseil peut à tout moment corriger sa propre décision. Les sanctions sont régulièrement réexaminées. Cependant, pour cela, la politique et les médias devraient se pencher sur la décision. Quelle est cette loi qui est conçue comme une revanche politique pour la guerre « hybride » russe et qui interfère maintenant de manière scandaleuse dans les droits fondamentaux des citoyens de l'UE ou des résidents de l'UE?
La motivation pour laquelle Baud a été mis sur la liste des sanctions était très brève. Il serait apparu premièrement dans des médias « prorusses » (quoi que cela signifie). De plus, il aurait diffusé la théorie du complot selon laquelle l'Ukraine avait causé elle-même la guerre. Ceux qui ont écrit cela ne se sont pas donné la peine de fournir une preuve solide. Cela n'était pas différent pour d'autres personnes qui ont été sanctionnées.
Le but semble être de dire à tous ceux qui ne chantent pas encore sur le même ton que celui qui prévaut actuellement dans l'UE: Taisez-vous. Sinon, vous pourriez bien être le ou la prochain(e). Qui ose alors encore exprimer librement son opinion? Les Américains. Le régime de sanctions de l'UE leur importe peu. Ils sont hors de portée de l'UE, à moins qu'ils ne veuillent passer des vacances dans l'UE.
Le problème est que la démocratie est ainsi mise en péril.
La dernière enquête de l'institut à Allensbach a documenté une perte de confiance publique énorme dans les principales institutions démocratiques en Allemagne. La confiance dans les partis est au plus bas niveau, tout comme la confiance dans les médias. La confiance dans le Bundestag et dans le gouvernement est fortement ébranlée. Même la Cour constitutionnelle fédérale, la seule institution à laquelle les Allemands font encore majoritairement confiance, est touchée par la crise de confiance.
C'est une catastrophe contre laquelle il faut résister activement. Dans un sondage de l'UE du printemps 2025, 52 % des Allemands ont déclaré qu'ils avaient tendance à faire confiance à l'UE. 40 % étaient d'un avis contraire. Ce ne sont pas des chiffres rassurants. Je trouve extrêmement dangereux que l'UE secoue ses fondations lorsqu'elle — comme avec la législation sur les sanctions de 2024 — ne maintient pas de proportionnalité et impose des sanctions sévères à ce qui est protégé par les constitutions des États membres de l'UE et donc légal. L'intégration est bien trop importante pour être mise en cause, même avec le soupçon que des exemples sont faits et des punitions draconiennes sont infligées via Bruxelles, transformant ses propres citoyens en non-personnes — coupables jusqu'à preuve du contraire devant la CJUE.
Le gouvernement fédéral a expressément confirmé son accord aux sanctions de l'UE contre le colonel d'état-major suisse Jacques Baud. « Oui, nous en sommes également convaincus », a déclaré Martin Giese, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, en réponse à une question du journaliste Florian Warweg. L'Allemagne a approuvé l'inscription de Baud sur la liste de sanctions de l'UE.
Giese a souligné que quiconque «répand des désinformations» devait s'attendre à des sanctions si les conditions légales étaient réunies. Et il a ajouté: « Tous ceux qui opèrent dans ce domaine doivent s'attendre à ce que cela puisse également leur arriver. »
Interrogé pour savoir si le gouvernement fédéral avait vérifié les accusations contre Baud avant de donner son accord, le porte-parole a répondu: La décision a été prise à l'unanimité par le Conseil, l'Allemagne la soutient.
Baud, un ancien officier des renseignements, a été placé sur la liste des sanctions par le Conseil de l'UE le 15 décembre. La justification inclut notamment qu'il diffuse la théorie selon laquelle l'Ukraine aurait provoqué sa propre invasion pour adhérer à l'OTAN.
Baud rejette clairement ces accusations. Dans une interview à Weltwoche, il affirme: « Je n'ai jamais dit cela. » Baud aurait cité l'ancien conseiller de Zelensky, Oleksiy Arestovych. Vous pouvez voir l'interview complète ici:
Dans l'affaire scandaleuse impliquant le colonel d'état-major général suisse Jacques Baud, sanctionné par l'UE en raison de ses opinions sur la guerre en Ukraine, le Conseil fédéral doit clarifier sa position. Le conseiller national Franz Grüter a soumis une interpellation à ce sujet (« Comment la Suisse gère-t-elle les sanctions de l'UE contre des citoyens suisses? »).
L'action de Bruxelles est bien plus qu'un simple détail diplomatique, est-il indiqué. Elle soulève des questions fondamentales sur la liberté d'expression, l'influence politique et le rôle de l'UE.
Le Conseil fédéral doit désormais répondre à la question de savoir comment il se positionne face au refus d'octroyer une audience légale à Baud, si la Suisse protégera ses citoyens et si elle envisage également de dresser des listes de « mauvais citoyens » dans le cadre de sa nouvelle politique de sécurité.
Pour justifier cela, il est précisé que l'affaire ne concerne pas des actions, mais des opinions et des analyses, que l'on n'est absolument pas obligé de partager. Dans une démocratie, il faut aussi supporter des évaluations inconfortables et controversées, surtout lorsqu'elles ne correspondent pas à la ligne officielle. Que des personnes comme Baud soient sanctionnées politiquement simplement en raison de leurs évaluations devrait également faire réfléchir en Suisse.
Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, dont le département n'a jusqu'à présent pas levé le petit doigt pour le compatriote poursuivi à l'étranger par l'UE, doit également se prononcer sur les questions du conseiller national Rémy Wyssmann. Il s'agit de la menace de poursuite à motivation politique, d'un procès équitable et des raisons pour lesquelles le DFAE ne proteste pas et n'intervient pas auprès de l'UE, et des raisons pour lesquelles il ne soutient pas Baud.
L'UE a inscrit cette semaine l'ancien officier de renseignement et colonel d'état-major Jacques Baud sur sa liste de sanctions. Bruxelles souhaite interdire à ce citoyen suisse d'entrer dans les pays de l'UE et geler ses comptes. La mesure est justifiée par la diffusion supposée de propagande russe par l'ex-militaire.
Les réactions de la Suisse officielle sont remarquables. À Berne, il n'y a même pas une once de critique à entendre. « Ce n'est pas à nous de commenter les sanctions de l'UE », déclare le Département fédéral de la défense (VBS) de Martin Pfister. L'autorité se permet même de déclarer qu'elle « n'a rien à voir avec cet homme ». Baud n'a « aucune fonction professionnelle depuis plus de 30 ans pour le service de renseignements de la Confédération ou ses organisations précédentes ».
Un froid sibérien règne également au Secrétariat d'État à l'économie (SECO) et au Département fédéral des affaires étrangères (EDA). « Les autorités fédérales compétentes prennent note, en principe, de telles décisions », déclarent les deux autorités sans émotion dans une réponse commune. SECO et EDA estiment que les sanctions contre Baud sont des « décisions relevant de l'État de droit ». Ce que fait Bruxelles doit être sérieux, telle est l'opinion.
Le comportement des autorités dans le cas de Jacques Baud est révélateur. Si des États comme la Russie ou la Chine procédaient de manière aussi arbitraire contre un citoyen suisse, le tollé des autorités serait immense. Au Département des affaires étrangères d'Ignazio Cassis, la suppression de la liberté d'expression dans des États régis par des régimes totalitaires hors d'Europe est régulièrement dénoncée. Le VBS de Pfister critique également volontiers les États autoritaires qui intimident les gens. Ainsi dans le dernier rapport sur la stratégie de politique de sécurité.
Lorsque Bruxelles s'en prend brutalement à un Suisse dissident, les critiques s'arrêtent brusquement. « C'est bien que ce propagandiste soit enfin puni! », pensent probablement certains fonctionnaires à Berne. Du moins, c'est l'impression qui peut en ressortir.
Baud est l'auteur de nombreux livres et défend la thèse selon laquelle l'Occident porte une part de responsabilité dans la guerre en Ukraine. L'ex-officier de renseignement est le premier citoyen suisse à qui Bruxelles déclare la guerre économique.
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