Le Conseil fédéral accorde huit millions de francs aux victimes de Crans-Montana: ces dons pourraient créer un dangereux précédent
C’est toujours la même rengaine: lorsque des malheurs venus de l’étranger s’abattent sur la Suisse, le Conseil fédéral tente de les conjurer par des dons d’argent. C’est dans le même mode opératoire que le gouvernement fédéral agit aujourd’hui dans le cas de la catastrophe incendiaire de Crans-Montana.
À la fin des années 1990, lorsque la pression internationale s’est accrue à propos des fonds de l’Holocauste déposés sur des comptes suisses et que le pays s’est retrouvé discrédité comme un peuple cupide, le ministre de la Justice de l’époque, Arnold Koller (PDC), a lancé l’idée d’une fondation de solidarité afin de donner un signe de cohésion nationale et internationale. L’image de la Suisse devait ainsi être améliorée.
Après la catastrophe de Crans-Montana, le gouvernement fédéral cherche maintenant le coup de grâce libérateur sous la forme d’une contribution de solidarité. La Confédération veut verser immédiatement et sans formalités 50 000 francs aux victimes. Ce faisant, un dangereux précédent est créé. Avant même que la question de la responsabilité ne soit clarifiée, on veut déjà distribuer de l’argent. Avec ce type de traitement de l’affaire, on donne l’impression que la Confédération porte une coresponsabilité morale.
Il est acceptable que la commune de Crans-Montana et le canton du Valais apportent une aide immédiate et prennent en charge les coûts. Le cas échéant, les assurances ont également un devoir à remplir – mais en aucun cas la Confédération.
De plus, il faut d’abord clarifier qui est responsable. Regardons ce qui s’est passé il y a des années en Autriche, dans la station de vacances de Kaprun. En 2000, 155 personnes y sont mortes dans un funiculaire à glacier. Après huit ans et d’âpres négociations, les familles des victimes y ont reçu un montant de 30 000 euros (27 900 francs), l’État autrichien n’ayant contribué qu’une part minime à cette somme.
Il est également naïf de croire que le monde entier nous portera de nouveau dans son cœur pour cette raison. Non, cela ne fera qu’aiguillonner davantage les avocats des familles des victimes.
































































