La «désinformation» est le nouveau terme de combat favori des forces étatiques autoritaires. Il sert, en Suisse comme à l’étranger, à exiger et à fördern la surveillance et la répression du débat public. Le Conseil fédéral suisse est lui aussi hyperactif dans ce domaine et serre encore la vis.
Anthony Anex/Keystone
Il a présenté un rapport intitulé «Activités d’influence et désinformation». Il a mis en place un groupe de travail interdépartemental. Il a aligné sur ce thème la nouvelle stratégie de politique de sécurité.
Mais cela ne suffit pas. Pour «lutter efficacement contre les activités d’influence», il faudrait aussi une «coopération internationale». Le Conseil fédéral demande donc l’adoption d’une intervention visant à la participation de la Suisse, avec statut d’observateur, au soi-disant Rapid Response Mechanism du G7. Ce «mécanisme» a été créé pour «analyser l’espace informationnel», «identifier les menaces» et «mieux coordonner les réactions».
Lors du débat à ce sujet, le ministre de la Défense Martin Pfister (Le Centre) s’est permis un lapsus étonnant. Le conseiller national Franz Grüter (UDC) a opposé aux efforts de surveillance et de censure hostiles à la liberté et, en fin de compte, à la démocratie: «Monsieur le Conseiller fédéral, personnellement, je trouve toute l’évolution de ce qui se fait sous le terme de ‹désinformation› très préoccupante, surtout dans l’Union européenne. Je voudrais simplement vous demander: qui décide en fin de compte de ce qui est de la désinformation et de ce qui n’en est pas? Ou, posé autrement: existe-t-il en Suisse un quelconque ministère de la Vérité qui en jugerait?»
Grüter a également évoqué les cas des citoyens suisses Jacques Baud et Nathalie Yamb, qui sont sanctionnés par l’UE pour prétendue diffusion de désinformation, sans qu’il leur soit accordé le droit d’être entendus.
Pfister a répondu: «Nous sommes en train d’examiner comment nous devons gérer cela. Le terme de ‹ministère de la Vérité› que vous avez mentionné est un très bon exemple. On m’a reproché de vouloir planifier un ministère de la Vérité – c’est ‹Russia Today› qui a inventé ce terme.»
On l’entend et on s’étonne. De toute évidence, l’ancien enseignant Pfister, qui distribue ici ses leçons avec tant d’assurance, a une lacune de formation et n’a encore jamais entendu parler de George Orwell, qui a en réalité inventé le terme de «ministère de la Vérité» et décrit de manière oppressante, dans son roman dystopique «1984», comment un État de plus en plus autoritaire et dictatorial s’arroge le droit de déterminer ce qui est vrai et ce qui est faux – une conception et une évolution profondément antidémocratiques qu’Orwell avait déjà prévues en 1948.
Pfister et tous les autres donneurs de leçons de l’unique opinion prétendument vraie et autorisée feraient vraiment mieux de lire Orwell plutôt que de diriger la démocratie d’en haut et avec des méthodes de services secrets – Pfister veut pour cela créer 500 nouveaux postes d’indicateurs.