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Abdication suisse: le Conseil fédéral sur le chemin de la vertu – droit dans le mur avec la nouvelle «Stratégie de politique de sécurité»

Revenons en arrière: c’est la période de recueillement juste avant Noël, le 12 décembre 2025. Tandis que les Suisses pensent à la crèche, le Conseil fédéral fait discrètement passer un document un vendredi après-midi, qui n’est rien de moins que l’acte de capitulation sécuritaire de notre souveraineté. Le projet mis en consultation de la «Stratégie de politique de sécurité 2026» est là. Et quiconque le lit voit son sourire de fête se figer rétrospectivement.

Anthony Anex/Keystone
Sicherheitsminister Martin Pfister.
Anthony Anex/Keystone

Ce que le ministre de la sécurité Martin Pfister et son département veulent nous vendre ici comme une «stratégie globale» est en réalité un aveu d’échec intellectuel. C’est l’adieu insidieux mais résolu au plus éprouvé de tous les boucliers suisses: la neutralité perpétuelle, armée et intégrale. Contaminé par l’air du temps et une soumission presque touchante aux récits officiels en provenance de Bruxelles sur le conflit en Ukraine – une partie belligérante, notons-le – Berne s’apprête à sacrifier notre bien le plus précieux sur l’autel d’une prétendue «solidarité».

La paranoïa de la marche russe sur le Säntis

Le rapport commence par un coup de tonnerre alarmiste: «La sécurité de la Suisse est plus menacée qu’elle ne l’a été depuis des décennies» (p. 8). On se demande: d’où vient cette apocalypse soudaine? La réponse se trouve dans la reprise non critique de la – il faut le dire clairement – paranoïa orchestrée en juin 2024 par le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius. À l’époque, on affirmait que l’Europe devait être «apte à la guerre» d’ici 2029, car la Russie attaquerait alors l’OTAN.

Ce millésime fictif 2029 hante désormais comme un fantôme le Palais fédéral (p. 10, 30). Sans la moindre analyse autonome, sans l’ombre d’un scepticisme helvétique, une campagne politico-médiatique y est érigée en fait incontestable. Pourquoi la Russie, qui peine depuis des années en Ukraine, défierait-elle soudain toute la machinerie de l’OTAN? Le Conseil fédéral ne pose pas la question. Il préfère trembler de concert – et fournit ainsi la justification pour un gigantesque réarmement militaire et un rapprochement qui ne feront que nous enfoncer davantage dans un bourbier étranger.

La chute originelle: coopération plutôt que souveraineté

Le cœur de cette nouvelle stratégie n’est pas le renforcement de nos propres forces, mais le regard tourné vers Bruxelles et le quartier général de l’OTAN. Sur plus de 30 pages (p. 29–59), on chante les louanges de la «coopération». Qu’il s’agisse de la PESCO (la «mobilité militaire» de l’UE) ou du «Framework Nations Concept» de l’OTAN – la Suisse veut être de la partie partout, participer, se rendre «interopérable».
Cela sonne comme du management moderne, mais c’est un suicide sécuritaire. Qui s’achète une place dans les états-majors multinationaux de l’OTAN (p. 59), qui synchronise sa politique de défense avec l’UE, n’est plus neutre. Il devient un appendice de parties belligérantes. Le conseiller fédéral Pfister semble avoir oublié que la neutralité n’est pas seulement un instrument juridique que l’on ouvre et ferme à volonté comme un parapluie. C’est une attitude intérieure. C’est la promesse faite au monde: nous ne participons pas à vos querelles!
Mais le rapport de la commission d’études préparatoire le dit sans détour: la neutralité serait «un obstacle» (p. 35). On vise une «compréhension révisée de la neutralité». En clair: nous démantelons la forteresse pour que nos généraux et nos fonctionnaires puissent plus souvent s’asseoir à la table des grands. Ce n’est pas de la vision stratégique, c’est la vanité d’une élite qui préfère être courtisée à l’international plutôt que d’accomplir à Berne le dur travail de l’indépendance.

La Suisse, passagère clandestine? Une insolence!

Particulièrement infâme est l’affirmation selon laquelle la neutralité traditionnelle ferait de la Suisse une «passagère clandestine» (rapport d’étude, p. 29). C’est exactement l’inverse qui est vrai! Une Suisse neutre est un ancrage de stabilité. Elle offre un espace pour la diplomatie, pour les «bons offices», pour le dialogue lorsque tous les autres ne parlent plus que le langage des canons.

Tant que nous sommes neutres, les grandes puissances ont une raison de tenir compte de nous. Nous ne fournissons aucun prétexte à un agresseur. Mais qui s’agrippe à l’OTAN comme un petit frère devient automatiquement une cible. Nous le voyons déjà dans la guerre économique: par la reprise non critique des sanctions contre la Russie, le Conseil fédéral a déjà gaspillé une partie de notre crédibilité diplomatique. La «Stratégie de sécurité 2026» veut désormais graver cette erreur dans le marbre militaire.

Police de la pensée au Palais fédéral

Le tableau devient particulièrement sombre sur le thème de la «désinformation» (p. 22). L’État se pose ici en institut de la vérité. Qui détermine donc ce qu’est la désinformation? Est-ce déjà de la désinformation lorsque l’on analyse le conflit en Ukraine – comme le commande la realpolitik – comme une guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie? Que des négociations de paix aient été torpillées par l’Occident en mars 2022, on ne le lit évidemment pas dans le rapport du Conseil fédéral. On n’y trouve que la pensée unique UE-OTAN.

Lorsque le Conseil fédéral prévoit des «mesures préventives» contre sa propre population (p. 32), simplement parce qu’elle a une autre vision de la situation mondiale, nous quittons le terrain de la démocratie. C’est l’ironie de l’histoire: une autorité qui s’est elle-même laissée berner par chaque fable de propagande occidentale sur «l’aptitude à la guerre 2029» veut protéger le citoyen de la «mauvaise opinion». C’est la voie vers l’État autoritaire de surveillance.

Retour à l’expéditeur!

Ce projet mis en consultation est un document de défiance envers la force de la neutralité. Martin Pfister et son département sacrifient notre bouclier pour le vague sentiment d’appartenir à une «alliance de valeurs occidentales».

Bien sûr, nous avons besoin d’une armée forte. Une neutralité sans dents ne vaut rien. Mais une armée qui ne sert plus que de troupe auxiliaire à des intérêts étrangers ne nous protège pas – elle nous met en danger. Elle nous entraîne dans des guerres qui ne sont pas les nôtres.

La neutralité n’est pas un «instrument flexible», elle est l’ADN de la Suisse. Si le Conseil fédéral jette cette boussole par-dessus bord, il dirige le navire Suisse droit sur les récifs. Monsieur le conseiller fédéral Pfister: reprenez vos livres. Rappelez-vous la Suisse!

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