Quelques juristes ont porté plainte contre le conseiller fédéral Ignazio Cassis auprès de la Cour pénale internationale (CPI). L'accusation semble dramatique: complicité dans les crimes de guerre israéliens.
Non pas parce que Cassis aurait fait quelque chose - mais parce qu'il n'aurait soi-disant pas fait assez. Il n'aurait pas suffisamment exercé de pression sur Israël, aurait maintenu des relations diplomatiques et n'aurait pas simplement arrêté les exportations.
Georg Hochmuth/Keystone
Ce qui est vendu comme un acte juridique courageux est en réalité une tentative de transformer une critique politique en culpabilité pénale. La plainte a été signée notamment par le chroniqueur de la Weltwoche, Jean-Daniel Ruch, qui a représenté la Suisse à Tel-Aviv entre 2016 et 2021. En tant qu'ambassadeur, il s'est engagé intensément et avec succès pour la coopération entre les entreprises suisses et israéliennes.
Mais: la Cour pénale internationale n'est pas un moyen de pression politique. Ce n'est pas un tribunal pour une politique étrangère impopulaire ni un lieu pour des règlements de comptes moraux. La CPI poursuit des auteurs individuels pour les crimes les plus graves - génocide, crimes de guerre, crimes contre l'humanité. Ceux qui l'utilisent pour tenir les ministres des Affaires étrangères responsables de leur position n'ont soit pas compris le but de la cour, soit acceptent consciemment son abus.
Le droit pénal ne fonctionne pas sur le principe « mauvaise opinion, donc coupable ». La responsabilité pénale internationale nécessite des critères stricts: une contribution concrète à un acte, un lien clair avec un crime spécifique et une intention prouvée. On ne voit rien de tout cela ici. La phrase « Il aurait dû en faire plus » peut choquer politiquement, mais elle est juridiquement douteuse et peut-être même pas pertinente. Le droit pénal international ne connaît pas de crime de retenue diplomatique.
Le sujet des exportations d'armement et de produits à double usage devient particulièrement étrange. La Suisse n'a livré aucune arme pour la guerre de Gaza, mais dispose d'un système de contrôle des exportations très strict. Et même si un bien exporté est ensuite détourné, cela ne transforme pas un ministre des Affaires étrangères en criminel. La complicité nécessite connaissances et volonté - pas seulement un risque abstrait ou une indignation morale rétrospective.
Le véritable défaut de raisonnement de la plainte réside plus profondément: elle confond la politique d'État avec la criminalité personnelle. La politique étrangère est un processus collectif, juridiquement encadré, contrôlé par le parlement, les tribunaux et le public. Ceux qui en font une culpabilité pénale individuelle veulent politiser le droit pénal. Les conséquences en seraient absurdes: quasiment chaque ministre des Affaires étrangères occidental pourrait alors être poursuivi pour quasiment chaque conflit mondial.
Tout cela est rendu possible par l'article 15 du Statut de Rome. Tout le monde peut déposer une plainte auprès du procureur de la CPI. Le seuil de dépôt d'une information est bas, l'effet médiatique important. Sur le plan juridique, la plupart de ces plaintes tombent à l'eau. Mais politiquement, elles fonctionnent: gros titres, scandales, pression morale. Il est moins question de droit que d'impact.
Ainsi, la Cour pénale internationale devient partie d'une stratégie qu'on peut tranquillement appeler par son nom: la War on Law. Le droit comme arme, non comme instrument de recherche de vérité. La culpabilité est élargie, la responsabilité sans limite, la politique criminalisée. Cela mène à des applaudissements chez les activistes - mais nuit au droit.
« Stop Complicity », qui a déposé la plainte, fait partie d'une stratégie plus large de war on law, où des instruments juridiques sont utilisés pour délégitimer la politique d'État. L'objectif est d'élargir la culpabilité pénale - loin des actes concrets de coupables individuels vers une responsabilité structurelle diffuse. Typique de ces campagnes est l'accent mis sur les figures symboliques plutôt que sur les véritables coupables. L'argumentation juridique est délibérément étendue à l'extrême. Il est moins question de condamnations réelles que d'effet: dissuasion politique, attention médiatique et la normalisation progressive du terme « complicité » même là où le droit pénal ne le reconnaît pas.
Israël et les États qui coopèrent avec Israël sont particulièrement souvent pris pour cible. Le fait que la charge de la preuve soit extrêmement élevée, que la compétence des tribunaux reste souvent discutable et que de nombreuses procédures se terminent sans accusation après des années, est consciemment accepté. L'effet politique se produit bien avant un examen juridique. Sur le plan juridique, il convient de noter: « Stop Complicity » n'est pas une entité étatique ni une instance d'enquête. Les plaintes pénales activistes n'ont pas de statut particulier, et la Cour pénale internationale n'est pas obligée de les poursuivre - la grande majorité ne sont jamais ouvertes.
En fin de compte, le constat est simple: la plainte contre Ignazio Cassis n'est pas juridiquement soutenable. C'est un abus de la CPI. Ceux qui argumentent ainsi ne se soucient pas du droit. Ils l'utilisent comme un moyen pour parvenir à leurs fins - dans l'espoir d'une résonance médiatique. Comme le démontre ce texte, avec un certain succès.