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AfD sans «tendance fondamentale hostile à la Constitution»: comment le tribunal administratif de Cologne freine les fantasmes d’interdiction de la classe politique

Il y a, dans le jugement de 55 pages du tribunal administratif de Cologne sur la classification de l’AfD comme «extrémiste de droite avéré», des phrases qui équivalent à un véritable réquisitoire dévastateur contre l’Office de protection de la Constitution, l’ancienne ministre fédérale de l’Intérieur Nancy Faeser (SPD) et une grande partie de l’establishment politique en Allemagne:

CHRISTOPHE GATEAU / KEYSTONE
07.02.2026, Brandenburg, Königs Wusterhausen: Mitglieder stimmen bei der Gründungsveranstaltung der AfD-Jugendorganisation „
CHRISTOPHE GATEAU / KEYSTONE

«Selon l’état des connaissances dans la procédure en référé, il existe certes une certitude suffisante que, au sein de la requérante (l’AfD – note de la rédaction), des activités dirigées contre l’ordre fondamental libéral et démocratique sont déployées. Toutefois, la requérante, en tant que parti, n’est pas marquée par ces activités d’une manière telle qu’il serait possible de constater, au vu de son image d’ensemble, une tendance fondamentale hostile à la Constitution.»

Traduit en allemand de tous les jours: des cinglés, il y en a partout. Aussi dans l’AfD. Mais cela ne définit de loin pas encore son caractère fondamental. Le 2 mai 2025, Faeser, alors seulement chargée d’expédier les affaires courantes jusqu’à la prestation de serment du nouveau gouvernement fédéral, avait encore rapidement publié une «expertise» de plus de mille pages de l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), selon laquelle l’AfD devait être classée au niveau fédéral comme «extrémiste de droite avéré». Une étape qui peut servir de condition directe à une éventuelle interdiction.

Voici donc la mise au point: ni cette «expertise» ne permet une telle évaluation, ni l’on ne peut prouver, à l’aide d’une collection bigarrée de citations, que l’AfD voudrait abolir et supprimer l’ordre constitutionnel allemand. Et comme si les juges administratifs de Cologne en avaient assez de tous ces débats aberrants sur le souhait d’interdire par la voie juridique le plus grand parti d’opposition, ils écrivent d’emblée, de manière tout à fait fondamentale, quelles seraient réellement les conditions nécessaires à la classification souhaitée par de nombreux gauchistes et une partie des bourgeois:

«Une telle empreinte du parti dans son ensemble, au sens d’une tendance fondamentale dominante, doit être constatée par une appréciation globale, qui prend en considération à la fois les objectifs politiques du parti et les comportements de ses partisans et de ses responsables visant à les atteindre.» En clair: pour interdire un parti, il faut qu’il vise, dans son ensemble et dans l’unisson de ses membres, l’abolition de la démocratie.

D’où cette formulation sans détour: «Après examen dans le cadre de la procédure en référé, il ne peut toutefois actuellement être constaté aucune empreinte de la requérante, en tant que parti dans son ensemble, dominée par les positions exposées ci-dessus, qui déterminerait l’image globale du parti.»

Le jugement de Cologne est une étape majeure pour remettre d’aplomb des fantasmes d’interdiction de la classe politique qui avaient entre-temps presque déraillé, ainsi que l’espoir sous-jacent de se débarrasser d’un concurrent gênant par une nazification bancale. Par la vigueur de sa correction, il démontre à quel point des zélateurs idéologiques de l’«antifa» à la Faeser et consorts se sont déjà approprié l’État, y compris le service de renseignement intérieur. Il montre à quel point la protection de la Constitution se laisse docilement instrumentaliser politiquement. Et il montre enfin à quel point la démocratie allemande est effectivement menacée – mais non par l’AfD, plutôt par un pouvoir d’État qui recourt à des moyens antidémocratiques, voire autoritaires, contre l’opposition.

Le jugement de Cologne constitue aussi un jalon remarquable de l’État de droit parce que, dans la motivation détaillée de la décision en référé, il fixe des repères qui pourront difficilement être retirés dans la procédure au fond, comme le relèvent même des juristes de gauche (parfois sur un ton de regret). En d’autres termes: une interdiction de l’AfD pourrait ainsi être pratiquement écartée, même s’il convient, par respect pour le jugement au fond, de s’abstenir de tout cri de triomphe et de toute danse de joie.

Les juges de Cologne dissipent en outre une confusion de pensée pour le moins dangereuse: la théorie sans cesse invoquée selon laquelle l’AfD ne se donnerait qu’une façade d’État de droit, derrière laquelle défileraient déjà les porteurs de torches idéologiques brunes aux yeux brillants d’Hitler à travers la porte de Brandebourg. Quiconque avance de telles insinuations et érige en quelque sorte sa propre suspicion en étalon de l’action de l’État doit présenter davantage que le binge d’associations aériennes de la protection de la Constitution, selon la devise: on peut bien imaginer ce qu’ils feront vraiment une fois au pouvoir.
Oubliez ces balivernes, disent les juges. Du moins tant que vous ne disposez pas d’indices probants de complots, de sociétés secrètes et de plans secrets: «La défenderesse (c’est-à-dire la République fédérale – note de la rédaction) fonde son évaluation exclusivement sur des sources accessibles au public et n’a pas communiqué, même dans la procédure judiciaire, d’informations issues des services de renseignement sur des objectifs plus étendus, non rendus publics, de la requérante. Il ne peut donc jusqu’à présent être retenu à la charge de la requérante qu’elle poursuive en interne de tels plans plus étendus.»

Dans l’ensemble, la gifle venue de Cologne est brutale. Qu’elle permette d’objectiver le débat et de corriger et pacifier l’attitude antifa de plus en plus agressive de forces prétendument progressistes et de leur large avant-cour, le plus souvent financée par l’État, n’est toutefois guère à attendre. Le ministre de l’Intérieur de Thuringe, Georg Mayer (SPD), a déjà proposé d’interdire alors certains fédérations régionales ou petites structures de l’AfD, si l’on ne parvient pas à l’interdire dans son ensemble. L’essentiel est d’interdire quelque chose, semble-t-il vouloir dire, ce qui sonne comme des coups portés à l’aveuglette.

Le chef de l’AfD de Thuringe, Björn Höcke, n’est pas non plus satisfait de cette victoire partielle de l’AfD, car les juges n’ont pas statué plus rapidement et n’ont pas délivré de blanc-seing général. On peut aussi lire le jugement comme une sorte de devoir à faire pour la protection de la Constitution. Comme, pour beaucoup, la «lutte contre la droite» est devenue entre-temps presque l’unique raison d’être politique, la guerre culturelle générale devrait se poursuivre, dans laquelle le droit, la loi et la Constitution ne font que gêner si, au bout du compte, il n’en résulte pas une interdiction de l’AfD. Le jugement n’en demeure pas moins un jalon.

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