Le ministre fédéral de l'Intérieur Alexander Dobrindt a opté pour un commentaire des plus minimalistes sur l'expertise des services de renseignement sur l'AfD, lorsqu'il a remarqué que ce qui était inscrit sur 1108 pages ne suffisait pas pour une procédure d'interdiction. Ce n'est pas seulement insuffisant pour cela : le programme du parti n'apparaît pratiquement pas dans le document, pour lequel les agents ont rassemblé plus de 300 citations, comme celle de la cheffe du parti Alice Weidel, selon laquelle le mème du «débile» d'un retraité bavarois, dirigé contre Robert Habeck, relève de la liberté d'expression.
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Ce n'est même pas une déclaration politique, mais une constatation factuelle sobre. La justice a en effet mis fin à ses enquêtes contre le senior.
Quelqu'un est-il responsable, politiquement, de ce monceau de papier qui, tout au plus, convient à exiger l'abolition des services de renseignement complètement déconnectés de leur mission ?
Nancy Faeser, qui peut continuer à travailler en tant que députée du Bundestag, se tire très probablement d'affaire en affirmant que les services de renseignement ont travaillé complètement indépendamment (d'elle). C'est absurde, bien sûr, car l'agence relève directement du ministère de l'Intérieur. Mais d'après ce que l'on sait, la ministre a repris l'expertise sans la lire lors de son dernier jour de mandat.
Elle peut donc au moins utiliser le joker typique de Berlin, à savoir invoquer une ignorance de la question.
Pour le large front des partisans de l'interdiction de l'AfD, qui s'étend du parti de gauche à la CDU, la critique de l'œuvre grotesque des services de renseignement ne joue de toute façon aucun rôle. Ils soutiennent que l'hostilité à la constitution de l'AfD est déjà établie, et qu'on n'a pas besoin d'une expertise pour cela. Cependant, dans une procédure d'interdiction, les juges voudront entendre des raisons. La posture politique exemplaire des plaignants ne devrait pas leur suffire.
L'affaire reste suspendue au politicien de la CSU Dobrindt, qui a hérité du dossier des services secrets à son entrée en fonction. S'il décide maintenant de le mettre officiellement au rebut, il sera suivi pendant toute la législature par l'accusation de la gauche d'avoir saboté la procédure d'interdiction.
La vérité est que le front anti-AfD préférerait ne pas voir de procédure d'interdiction, ce qui, en cas d'échec, donnerait un coup de pouce considérable à l'AfD. Ils préfèrent maintenir le sujet de l'hostilité constitutionnelle de l'AfD en ébullition permanente. Et il y a aussi un coupable approprié pour la procédure manquée à Karlsruhe sous la forme du nouveau ministre de l'Intérieur.
C'est ainsi que se tisse simplement la nouvelle légende du coup de poignard.