La conseillère fédérale suisse Karin Keller-Sutter a déposé une plainte pénale pour insultes sexistes proférées par le chatbot d’IA Grok, prenant ainsi le risque de provoquer des tensions politiques internes ainsi que des frictions diplomatiques avec les États-Unis. Son porte-parole a déclaré que de telles attaques étaient « punissables en Suisse » et ne relevaient pas de la liberté d’expression.
Peter Schneider/Keystone
L’élément déclencheur a été un incident sur la plateforme X de l’entrepreneur américain Elon Musk: un utilisateur avait demandé à Grok de proférer une insulte vulgaire à l’encontre de la conseillère fédérale, et l’IA a fourni le contenu correspondant. La Weltwoche en a fait état.
La plainte est déposée contre inconnu, mais elle oblige les autorités à examiner la responsabilité de la plateforme et du système d’IA. L’affaire a attiré l’attention internationale, également en raison de la proximité de Musk avec le président américain Donald Trump.
La démarche est politiquement délicate, car jusqu’ici le Conseil fédéral avait fait preuve de retenue à l’égard de Washington. Parallèlement, l’affaire touche au conflit fondamental entre la conception américaine de la liberté d’expression et la réglementation plus stricte en Europe. Le vice-président américain J. D. Vance avait salué Grok comme l’IA « la moins woke » et critiqué les interventions européennes.
À Berne, les réactions sont contrastées. Le conseiller national UDC Roland Rino Büchel critique, selon un article de la NZZ, la plainte comme une escalade inutile. Le soutien vient de la présidente des Verts, Lisa Mazzone, qui y voit un signal contre la violence numérique. La coprésidente du PLR, Susanne Vincenz-Stauffacher, souligne le droit à la riposte, mais rejette une réglementation supplémentaire.
Parallèlement, le Conseil fédéral travaille à un durcissement des règles pour les plateformes, avec des sanctions possibles allant jusqu’à six pour cent du chiffre d’affaires mondial. Le politicien UDC Franz Grüter met en garde contre d’éventuelles mesures de rétorsion des États-Unis. Sur le plan international, l’affaire s’inscrit dans une série de procédures similaires, notamment celles de la Première ministre italienne Giorgia Meloni ou du chancelier allemand Friedrich Merz. L’issue pourrait clarifier des questions de principe concernant la responsabilité de l’IA.