Le climat n’est pas seulement sournois et imprévisible, il manque aussi totalement de sensibilité sociale. Comme l’a récemment déclaré la ministre brésilienne du Changement climatique (Marina Silva), des études ont montré que les populations autochtones et les Noirs souffrent bien davantage du changement climatique que les classes moyennes et supérieures, en général plus claires de peau. Elle a donc, en coopération avec la ministre de l’Égalité raciale (Anielle Franco) et la ministre des Peuples autochtones (Sonia Guajajara), créé un comité d’État contre le « racisme climatique », portant le beau nom officiel de: « Comitê Nacional de Enfrentamento ao Racismo Ambiental e Climático ».
Mark Schiefelbein/AP Photo/Keystone
Avec cette institution contre le racisme climatique, le gouvernement brésilien de Lula da Silva tient une promesse faite lors de la Conférence mondiale sur le climat (COP30) de novembre dernier à Belém. Certes, le Brésil a augmenté sa production de pétrole de 40 % au cours des dix dernières années, et celle de gaz naturel même de 80 %. Avec 3,77 millions de barils par jour, le Brésil extrait aujourd’hui plus de pétrole que son voisin le Venezuela à ses plus belles heures. D’ici 2030, la production doit être portée à 5,3 millions de barils, soit une hausse de pas moins de 40 %. Mais pour le socialiste Lula da Silva, il n’y a là aucune contradiction: pour sa croisade contre le changement climatique, il lui faut de l’argent, beaucoup d’argent. Lula considère le climat comme un business lucratif. Pour chaque arbre qui ne sera pas abattu dans la forêt amazonienne, a-t-il promis pendant la campagne électorale, la communauté internationale devra payer. Les économies viendront ensuite. Les générations futures doivent bien avoir encore quelque chose à faire.
Quel contraste avec le président Donald Trump, qui, dans l’un de ses premiers actes officiels en janvier 2025, a annulé l’adhésion des États-Unis au GIEC et déclaré la crise climatique terminée. La semaine dernière, l’administration Trump a supprimé toutes les mesures et réglementations qui devaient limiter les moteurs à combustion et promouvoir la mobilité électrique. Mais si l’on y regarde de plus près, les différences entre Trump et Lula sur la question climatique sont surmontables. Tous deux répondent aux besoins de leur électorat: Lula crée pour sa clientèle de gauche des emplois et des revenus dans l’administration, tandis que Trump ouvre de nouveaux domaines d’activité pour les capitalistes.
Pas un seul pays du continent américain n’envisage, même en rêve, de limiter sa production d’énergies fossiles. Bien au contraire. Même le bon élève qu’est le Canada a augmenté sa production de pétrole de 35 % au cours de la dernière décennie et produit plus que le Brésil. Pour le gaz naturel, les Canadiens ont progressé de 25 % sur la même période. L’autolimitation et le renoncement s’accordent tout simplement mal avec l’esprit américain. On laisse cela aux Européens. Ils adorent ça.