Le Conseil fédéral veut tenir le personnel diplomatique russe en laisse courte. Lors de sa séance de mercredi, le gouvernement a approuvé le désormais 19e paquet de sanctions de l’UE contre la Russie. Il est ainsi prévu d’introduire une obligation de déclaration à l’entrée sur le territoire pour les diplomates russes, écrit le Conseil fédéral dans un communiqué de presse. Il s’aligne ainsi sur l’Union européenne, qui souhaite renforcer le « contrôle de la liberté de mouvement des diplomates russes » dans l’ensemble de l’UE.
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Ce que le gouvernement ne dit pas: au sein de l’administration fédérale, la mesure est justifiée par « l’intensification des activités de renseignement » des Russes dans le contexte de la guerre en Ukraine. Interrogé par la Weltwoche, le président de la Confédération Guy Parmelin (UDC), qui, en tant que ministre de l’Économie, est responsable des sanctions, n’a pas souhaité s’exprimer en début d’après-midi. Le rédacteur en chef de la Weltwoche, Roger Köppel, avait déjà évoqué les nouvelles sanctions dans son émission quotidienne du matin.
Si la mesure peut s’avérer problématique du point de vue de la neutralité – l’obligation de déclaration s’applique-t-elle aussi aux diplomates ukrainiens? –, c’est surtout son calendrier qui interroge. Ce n’est que la semaine dernière que le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis (PLR), est parvenu à faire venir à Genève, outre des délégations des États-Unis et de l’Ukraine, également une représentation de Moscou. Une deuxième rencontre pour des négociations de paix devrait être prévue prochainement.
La reprise de nouvelles sanctions de l’UE risque d’affaiblir la position de la Suisse en tant que médiatrice neutre. Dans les domaines du commerce, de l’énergie et de la finance également, la Suisse reprend des mesures du paquet européen. Ainsi, un embargo total sur l’achat et l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) russe entrera bientôt en vigueur en Suisse. Dans le secteur financier, les transactions de paiement des Russes doivent être rendues encore plus difficiles.
Outre le contenu et le calendrier, la forme surprend également. Compte tenu de la portée potentielle, le Conseil fédéral a fait passer les nouvelles sanctions sans remous. Selon les informations disponibles, il n’y aurait pas eu de co-rapports et donc aucune objection d’autres membres du gouvernement à la demande émanant du département Parmelin. En catimini, le Conseil fédéral met en jeu le rôle de médiateur qu’il venait tout juste de regagner.