À Bullerbü, l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei aurait suscité une grande indignation. Car à Bullerbü, on croit à une éthique universelle. Ou au droit international. Et bien sûr, on croit que les mêmes critères s’appliquent partout dans le monde: ce qui est interdit à un pays ne doit pas être permis à un autre.
Office of the Iranian Supreme Leader via AP, File.Ali Khamenei
Mais – attention, grande révélation – nous ne vivons pas à Bullerbü, mais dans la réalité. Et dans la réalité, il n’y a pas de morale, seulement des intérêts. Il est dans l’intérêt des États-Unis, d’Israël et aussi de l’Europe de faire tomber le système théocratique de Téhéran ou au moins de l’affaiblir durablement. Cet objectif a été atteint avec l’élimination de Khamenei et d’autres hauts responsables du régime iranien.
Mais le droit international n’existe-t-il pas? Ou La Haye? Non, pas vraiment. Il est bien plus simple de retirer directement du terrain des gens comme Khamenei et consorts. Le monde en devient un endroit meilleur. Ce n’est de toute façon pas dommage pour ces gens-là. Ce ne sont pas les mauvais qui sont touchés. Et en Iran va maintenant commencer une lutte de pouvoir qui sera, dans le meilleur des cas, le début de la fin d’un régime qui, depuis bien trop longtemps, couvre ses voisins et son propre peuple de terreur.
Mais – objecteront maintenant les petits malins – ne pratique-t-on pas ici une hypocrisie avec deux poids, deux mesures? La réponse est: oui bien sûr, quoi d’autre? Faudrait-il mesurer avec l’étalon des mollahs? Ou nous présenter comme « neutres », comme si les mollahs nous étaient aussi proches que les États-Unis et Israël? Non, ce serait simplement ridicule. Ou le signe d’une misère intellectuelle prospère.
Ceux qui s’indignent maintenant, en gouvernantes moralisatrices, de l’hypocrisie des États-Unis et de l’Occident ne sont au fond rien d’autre que les Greta Thunberg de la
politique étrangère: rien ne devrait compter d’autre que la pure doctrine et la morale absolue. Mais le monde n’est pas ainsi. L’attaque contre l’Iran promet de faire bouger une situation bloquée depuis plus de quarante ans. Et ce, dans l’intérêt de l’Occident et de tous les Iraniens épris de liberté. C’est une justification suffisante.