En politique et dans l’opinion publique, la méfiance à l’égard du Département fédéral de la défense (DDPS) est parfois palpable. Le reproche récurrent: l’office ne gérerait pas l’argent avec suffisamment de soin. Le ministre de la défense, Martin Pfister, veut tout entreprendre pour changer cette image. Dans la NZZ, il a récemment déclaré: «Le monde politique et le public doivent avoir la confiance que nous nous attaquons aux problèmes et que nous utilisons les moyens de manière efficace.»
Kay Nietfeld/DPA/Keystone
Peut-on croire de telles déclarations du chef du DDPS? Un regard sur la culture des «bonus» au sein de l’office de Pfister laisse planer le doute. Des documents jusqu’ici confidentiels du DDPS, que le département a rendus publics sur la base de la loi sur la transparence, montrent que les offices du DDPS versent régulièrement, depuis 2022, des primes de performance à de nombreux collaborateurs. Celles-ci récompensent les fonctionnaires qui ont fourni un travail particulièrement bon.
Le secrétaire général Daniel Büchel a rappelé ces dernières années, dans plusieurs courriers adressés aux cadres du DDPS, qu’au maximum 30 pour cent des collaborateurs pouvaient recevoir des primes. Mais son propre office ne s’est pas tenu à cette règle et a enfreint à plusieurs reprises ses propres directives.
En 2022, le secrétariat général a versé à 122 de ses fonctionnaires (soit environ 35 pour cent de l’ensemble des collaborateurs de l’unité administrative) un «bonus» d’environ 1600 francs en moyenne. En 2023, l’office a récompensé 113 collaborateurs (32 pour cent) avec un supplément moyen de près de 2000 francs. En 2024 et 2025 également, plus de 30 pour cent des collaborateurs ont à chaque fois bénéficié de paiements supplémentaires.
Au total, entre 2022 et 2025, entre 2700 et 3500 employés du département de Martin Pfister ont reçu des primes pour un montant de 23 millions de francs. Ainsi, au sein de l’appareil administratif du DDPS, qui compte plus de 12 000 collaborateurs, près de 30 pour cent des employés ont profité chaque année de distributions de «bonus».
Interrogé sur le non-respect de la règle des 30 pour cent dans certains offices, le service de communication du DDPS répond: «Il s’agit d’un cadre interne au département et non d’une directive valable pour l’ensemble de la Confédération. Le nombre maximal de collaborateurs bénéficiant de primes de performance ne peut pas toujours être respecté au pour cent près en fonction des prestations fournies.»
Les «bonus» préoccupaient déjà l’ancienne conseillère fédérale Viola Amherd. «Je vous prie, à l’avenir, de faire preuve de retenue dans l’octroi de primes de performance au sein de vos unités administratives», écrivait l’ancienne conseillère fédérale valaisanne à ses cadres dirigeants en juin 2020. La ministre de la défense s’était dite surprise qu’en 2019, pas moins de 40 pour cent des collaborateurs du DDPS aient reçu des primes. En période de crise du coronavirus, la société et le monde politique n’auraient plus aucune compréhension pour «un pourcentage de primes de performance aussi élevé», jugeait l’ancienne conseillère fédérale du Centre. Sous Amherd, la nouvelle directive des 30 pour cent a alors vu le jour – directive à laquelle le DDPS ne se tient manifestement toujours pas.
Les primes peuvent paraître, à première vue, anecdotiques. Mais il ne faut pas oublier que, dans le DDPS, qui entend désormais ponctionner le simple citoyen via une hausse de la TVA, les collaborateurs gagnent déjà très bien. En moyenne, le salaire annuel des fonctionnaires fédéraux dépasse 130 000 francs. Depuis 2020, les salaires dans l’administration ont augmenté de cinq pour cent. Une augmentation annuelle de salaire est accordée à près de 97 pour cent des employés, tant qu’ils n’ont pas encore atteint le maximum de leur classe salariale.
Dans ce contexte, les «bonus» supplémentaires, qui sont versés dans certains offices à plus de 30 pour cent des fonctionnaires (en violation, rappelons-le, des propres directives), apparaissent pour le moins déroutants. Alors que l’office de Pfister met les contribuables à contribution, c’est la culture du «bonus» qui règne dans sa propre maison.