Les turbo-pro‑UE ont de la peine lorsqu’on ne partage pas leur vision des nouveaux accords avec Bruxelles. Ce qu’ils pensent des critiques et des opposants au projet de rattachement se voit à deux exemples révélateurs de la manière dont ils traitent d’anciens conseillers fédéraux méritants.
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Ainsi, le conseiller national PLR Simon Michel a publiquement laissé entendre que son collègue de parti, l’ancien conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, ne serait plus tout à fait dans son bon sens. L’ancien ministre de l’économie (2010–18) ne serait « plus en mesure, pour des raisons de santé, d’écrire de cette façon », a écrit sur Linkedin l’héritier milliardaire Michel, l’un des plus fervents partisans des accords. Il réagissait ainsi à une tribune critique envers l’UE de Schneider-Ammann dans la NZZ.
Chez Michel, il ne s’agit pas d’une exception, mais plutôt de la règle: au lieu de répondre au fond aux arguments des critiques de l’UE, il s’en prend aux auteurs. Un père de famille de 35 ans qui argumentait contre les accords a ainsi été qualifié par Michel sur Linkedin de « troll payé » des entrepreneurs critiques envers l’UE du groupe Partners Group autour d’Alfred Gantner.
Michel a en outre accusé, lors d’un débat public, l’institut de sondage gfs.bern d’avoir « truqué » une enquête, parce que plus de 80 pour cent des personnes interrogées y déclaraient considérer l’UE comme un « monstre bureaucratique ». Kathy Riklin ne montre pas non plus de disposition à répondre aux arguments de fond.
L’ancienne conseillère nationale de longue date du PDC zurichois (1999–2019) a qualifié sur le service de messagerie X l’entretien de la SRF « Tagesgespräch » avec l’ancien conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz de « bizarre ». L’ancien ministre des finances (2003–10) s’est montré très critique envers les accords avec l’UE dans cette interview, tout en argumentant comme à son habitude de manière nuancée.
L’ancien conseiller fédéral PLR a par exemple déclaré qu’en cas d’acceptation des accords avec l’UE, il accorderait plus de poids à la perte de souveraineté de la Suisse qu’aux éventuels avantages en matière de politique commerciale. Hans-Rudolf Merz avait déjà été « spécial » lorsqu’il était conseiller fédéral, raille Riklin. Elle renvoie notamment au rôle malheureux de Merz dans la soi-disant affaire libyenne, un épisode qui remonte à 15 ans et qui n’a rien à voir avec l’UE.
Face à ces critiques non qualifiées des turbo-pro‑UE, il est judicieux de consulter les prises de position originales des deux anciens conseillers fédéraux afin de se faire sa propre opinion.