Le secrétaire d'État américain Marco Rubio rencontre mercredi après-midi (heure suisse) la présidente suisse Karin Keller-Sutter. Cette rencontre survient de manière inattendue, encore mardi soir, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) avait déclaré à la Weltwoche que les négociations douanières ne relevaient pas de la compétence des deux ministres des affaires étrangères.
En effet, Ignazio Cassis, le ministre suisse des affaires étrangères, n'avait jamais téléphoné à son homologue américain à ce sujet avant l'annonce de Trump d'augmenter les droits de douane sur les produits d'exportation suisses à 39 %. Rubio connaît la Suisse principalement en tant que puissance protectrice en Iran, où elle représente les intérêts des États-Unis depuis 1980.
Le fait que le secrétaire d'État américain veuille maintenant rencontrer Keller-Sutter pourrait également être lié à la situation au Moyen-Orient - ce qui, encore une fois, ne serait pas nécessairement un bon présage pour la Suisse. La politique du DFAE, notamment concernant la guerre de Gaza, contredit diamétralement les intérêts de l'administration Trump.
Ainsi, l'envoyée à Gaza, Monika Schmutz Kirgöz, s'est comportée comme une professeur autoritaire quelques heures avant l'appel désastreux de Keller-Sutter avec le président américain Trump lors d'une conférence de l'ONU à New York. Il est vraiment temps de viser une solution à deux États, a déclaré la diplomate sur SRF.
En même temps, il est « déplorable » que les États-Unis et Israël ne participent pas à la conférence. Elle n'a pas dit un mot dans l'interview sur les otages israéliens encore détenus par les terroristes du Hamas. Au DFAE, on s'engage surtout pour les Palestiniens, pas pour les Israéliens.
Le Département d'État américain a d'ailleurs qualifié la conférence de « coup de publicité » au milieu des efforts diplomatiques délicats pour sortir du conflit. Israël et les États-Unis luttent également contre le Hamas, le Hezbollah, les Houthi, et enfin les mollahs en Iran, tandis que les fonctionnaires du DFAE prêchent à l'ONU le dimanche. Rubio prendra-t-il la Suisse au sérieux?
Rubio a également dû noter que la Suisse a dissous la filiale genevoise de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF). La GHF est la tentative des Américains et des Israéliens d'installer leur propre organisation d'aide humanitaire à Gaza et de remplacer ainsi l'office controversé de secours de l'ONU pour la Palestine, l'UNRWA.
Le Conseil national a à plusieurs reprises, depuis le 7 octobre, décidé d'arrêter d'envoyer des fonds suisses à l'UNRWA. Le DFAE a pu résister sous le concours bienveillant du Conseil des États. Les diplomates et fonctionnaires de Cassis ont freiné où ils le pouvaient. En cas de doute, pour la Palestine et contre Israël, donc aussi contre les États-Unis.
En même temps, le DFAE a mis l'accent sur Bruxelles et les accords avec l'UE. Le Conseil fédéral veut à tout prix se lier à Bruxelles, mais veut en même temps apaiser Trump avec le « meilleur accès au marché en Europe ». Palestine et Bruxelles d'abord - le Conseil fédéral découvre soudainement Washington. Est-il déjà trop tard?