Wolfram Weimer, le ministre d’État à la Culture allemand, sonne l’hallali contre les maisons d’édition de gauche. Il souhaite stopper l’attribution de subventions et de prix, par exemple dans le cadre de la Foire du livre de Leipzig, dès lors qu’ils pourraient revenir à des maisons d’édition susceptibles de produire des « constats pertinents pour la protection de la Constitution ». En bref: quiconque n’est pas dans la ligne, quiconque est estampillé « extrémiste », doit être asséché financièrement.
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Ce n’est rien d’autre qu’une cancel culture imposée par l’État. C’est la prétention de l’État à se poser en « goûteur » de la vérité. On ne fait manifestement plus confiance au citoyen pour décider lui-même de ce qu’il lit. Weimer se pose ici en instance morale qui veille à ce que seules des informations « d’une pureté irréprochable » parviennent à un peuple supposément si facilement manipulable.
Ce procédé relève en outre d’un comique involontaire. Qu’un ministre d’État à la Culture fasse tonner un tel arsenal contre de petites maisons d’édition est, au fond, un véritable adoubement. De toute évidence, ces publications ont quelque chose à dire qui dérange profondément la bulle berlinoise. Autrefois, personne ne se serait soucié de savoir qui recevait un prix lors d’une foire du livre – aujourd’hui, c’est précisément cette tentative de censure étatique qui attire l’attention.
C’est révélateur de l’état actuel de la République fédérale: tout en prétendant protéger la démocratie contre les « fake news » et la « propagande », on restreint précisément ce pluralisme qui fait la vitalité d’une démocratie. Lorsque l’État commence à trier les maisons d’édition selon leur orientation politique, on se retrouve très vite dans un univers parallèle où seule la « norme industrielle de l’opinion gouvernementale » vaut comme vérité.
Nous assistons ici à une étatisation totale de la pensée. À Berlin, on aimerait, semble-t-il, reprendre purement et simplement toutes les maisons d’édition et toutes les librairies pour s’assurer qu’aucun mot erroné ne quitte les saintes salles des récits officiels.