La question se pose avec une grande urgence: peut-on, en matière de sécurité et de politique de défense, se rapprocher toujours davantage de l’UE et ainsi placer les électeurs devant le fait accompli?
Il y a quelques jours, le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis (PLR) a signé avec la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, un accord pour une coopération plus étroite avec l’UE dans le cadre des missions de paix. Et ce, bien qu’une « initiative sur la neutralité » soit actuellement en cours de traitement dans les rouages politiques, initiative qui exige une neutralité armée perpétuelle et qui n’est pas sans poser de problèmes au regard de cette coopération.
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Mais en ce moment, Cassis, tout comme le ministre de la Défense Martin Pfister (Le Centre), sortent tous les grands moyens et attisent aussi les peurs au sein de la population pour nous contraindre à nous placer sous le parrainage de l’UE. « Si l’ordre mondial se dérègle, la situation devient particulièrement inconfortable pour un petit État hautement interconnecté sur le plan international comme la Suisse. Il est alors naturel de chercher des partenaires partageant les mêmes idées », a déclaré le conseiller fédéral tessinois lors de la rencontre avec Kallas.
Ils ont convenu de maintenir dès à présent un dialogue permanent de haut niveau, à savoir entre le ministre suisse des Affaires étrangères, le ministre de la Défense et la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères. Parallèlement, un accord technique a été signé concernant la future participation de la Suisse aux missions de paix civiles et militaires de l’UE. « La neutralité n’est en rien un obstacle à tout cela », constate la haute représentante de l’UE, Kaja Kallas.
Nous en sommes donc déjà au point où une fonctionnaire de l’UE nous explique désormais ce qui ne pose aucun problème pour notre neutralité.
Comment Cassis en vient-il même à l’idée que l’UE serait un partenaire partageant les mêmes valeurs? En tant que petit État neutre, la Suisse porte un regard différent sur le monde que l’UE. La maxime suprême de la Confédération est d’entretenir des relations amicales avec tous les États. L’UE et ses États membres, en revanche, s’enchevêtrent de plus en plus dans des conflits armés.
Par exemple dans l’affrontement entre la Russie et l’Ukraine. Dans la guerre opposant, d’une part, l’Iran et, d’autre part, les États-Unis et Israël, des pays comme la France et l’Allemagne sont intervenus indirectement en autorisant les Américains à utiliser des bases et des installations aériennes.
Il est intéressant de constater que, dans ce contexte, le Service de renseignement de la Confédération a mis en garde ces derniers jours contre des attentats de représailles iraniens. Jusqu’à aujourd’hui, la Suisse n’a pas été la cible de telles attaques. Mais si nous nous rangeons de plus en plus clairement du côté de l’UE, nous devons nous attendre à nous retrouver nous aussi dans le viseur.
Au lieu de nous rapprocher de Bruxelles, nous devrions prendre nos distances, sans quoi cela pourrait devenir dangereux.