L’Europe ne ressent pas la guerre avec l’Iran sur les champs de bataille, mais à la pompe. La guerre au Proche-Orient n’est pas seulement pour le continent un événement géopolitique, mais bien davantage une sorte d’impôt énergétique caché. À peine les premières roquettes ont-elles frappé Téhéran que le prix du pétrole s’est envolé. Ce n’est pas un simple réflexe des marchés, mais une loi de la nature: lorsque un cinquième des flux pétroliers mondiaux transite par le détroit d’Ormuz, il suffit d’un léger toussotement militaire dans la région pour que les stations-service en Europe soient à bout de souffle.
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Pour l’économie allemande, c’est particulièrement fâcheux. L’énergie n’y est pas un accessoire, mais un fondement. Si le prix du pétrole grimpe, la timide reprise se transforme à nouveau en cure d’amaigrissement forcée. Chimie, logistique, construction de machines – tous des secteurs déjà sous tension – essuient la prochaine avalanche de prix. Le Mittelstand, ce mot fétiche de tous les discours du dimanche, devient alors la vache à lait. Chaque tour de vis sur les prix dévore les marges.
Aux bourses, la vieille pièce de théâtre se rejoue. Quand ça explose, le capital s’enfuit comme un troupeau nerveux. Yen, franc suisse, or – les refuges habituels. L’euro, en comparaison, ressemble à une maison de vacances sans toit. Pour l’Europe, cela signifie: monnaie faible, énergie chère. Ce n’est pas une simple perturbation passagère, mais un problème structurel. Qui n’a pas de matières premières importe aussi les crises de ceux qui sont censés les fournir.
La deuxième vague arrive par la logistique. Les pétroliers évitent les zones à risque, les assureurs augmentent les primes, les routes maritimes s’allongent. Le « just-in-time » devient une pièce de musée. Des chaînes d’approvisionnement déjà fragiles se rompent. Chaque conteneur se voit appliquer une surtaxe géopolitique. Et puis il y a les gagnants. Les entreprises d’armement vivent la guerre comme un programme de relance. Tandis qu’industrie et consommateurs font leurs comptes, elles comptent les commandes. Mais ce boom aussi est trompeur. Quand les prix de l’énergie explosent et que la croissance implose, c’est au final l’ensemble du marché qui souffre.
La guerre avec l’Iran révèle surtout une chose: l’Europe n’est pas un acteur, mais un spectateur muni d’une carte de crédit. Elle paie des conflits qu’elle ne contrôle pas, par une croissance faible et une dette croissante. La guerre est lointaine, mais la facture arrive dans la boîte aux lettres.