L’acquisition du chasseur F-35 s’enrichit d’un chapitre amer. Comme le crédit-cadre d’environ six milliards de francs approuvé par le peuple a été dépassé, le Conseil fédéral part – à ce jour – du principe qu’il ne pourra acheter que 30 avions du constructeur américain Lockheed Martin au lieu des 36 prévus. Parmi les raisons invoquées pour expliquer ces surcoûts, le Conseil fédéral cite notamment l’inflation et les prix des matières premières.
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Pour acquérir les 36 avions initialement prévus, un crédit supplémentaire d’environ 1,1 milliard de francs aurait été nécessaire, indique le Conseil fédéral à l’issue de sa séance de vendredi. Il souhaite toutefois y renoncer pour des «raisons de politique financière». Cette priorisation des moyens est discutable, d’autant plus que le Département fédéral de la défense (DDPS) part du principe qu’il faut non pas moins, mais bien davantage d’avions de combat modernes pour pouvoir défendre l’espace aérien de manière «globale» compte tenu de la situation de menace actuelle.
Par cette décision, le gouvernement admet également que les déclarations de l’ancienne ministre de la Défense Viola Amherd se révèlent complètement erronées. La conseillère fédérale du Centre a maintenu jusqu’à la fin de son mandat qu’elle avait conclu avec l’administration Biden un «prix fixe» pour les 36 avions. Dans cette logique, le prix serait toujours resté le même.
Amherd a balayé les inquiétudes d’un revers de main. Ainsi, en été 2022, le Contrôle fédéral des finances (CDF) avait explicitement mis en garde le Conseil fédéral. Dans un rapport, le CDF était parvenu à la conclusion qu’il n’existait «aucune sécurité juridique absolue d’un prix fixe au sens d’un prix forfaitaire selon le droit suisse». Le CDF avait souligné que le fabricant pouvait à tout moment répercuter d’éventuels surcoûts sur l’acheteur. Amherd avait alors réagi vertement au rapport du CDF.
Il revient désormais à son successeur, le conseiller fédéral du Centre Martin Pfister, de rétablir la confiance dans le DDPS. Une tâche loin d’être simple: Pfister veut augmenter la TVA pour le réarmement de l’armée, tout en devant se débarrasser des cadavres dans le placard du DDPS et veiller à ce qu’il n’en apparaisse pas de nouveaux. Une situation de départ défavorable au vu de la menace, qui se serait aggravée selon le DDPS.