Il existe encore des choses fiables en ces temps de bouleversements et de changements. Je suis par exemple heureux de ne pas avoir à réviser ou à corriger mon jugement sur la famille des partis bourgeois en Allemagne après vingt ans ou plus de reportage sur la CDU et la CSU: lorsque le conflit entre une question importante et la question du pouvoir survient, l'Union choisit de manière fiable le pouvoir.
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En ce sens, le vote sur le paquet des retraites de vendredi fut un acte digne de continuité et de fiabilité. 318 membres de la coalition ont voté en faveur de la « ligne de maintien » souhaitée par le SPD dans l'assurance retraite et se sont fichés éperdument du financement et de la logique. Le chancelier a exigé à l'avance sa majorité pour un projet SPD, a forcé, par une question de confiance indirecte, l'engagement de l'Union à un projet de retraite SPD, qui - parole d'honneur! - doit être ramené au réalités économiques par une commission de réforme juste après le vote.
Ou, pour le traduire et le clarifier pour nos lecteurs en Suisse: Le chapeau du bailli Gessler est, dans l'adaptation moderne de la scène du Reichstag de Berlin, la « ligne de maintien » de la baronne Bas, la ministre sociale SPD, et le chancelier Friedrich Merz (CDU) a veillé à ce qu'elle soit saluée à la majorité absolue. Six députés de l'Union sur 208 ont refusé de se plier, bien que presque personne dans la CDU/CSU ne considère le projet d'imposition des retraites par une économie planifiée socialiste comme sensé et logique. Le SPD le voulait, les chanceliers et l'Union ont livré.
D'ailleurs, les chanceliers de l'Union ont toujours pu compter sur leurs troupes de base. Lors du sauvetage de la Grèce ou à l'automne migratoire de 2015, il y avait du mécontentement à la base des bourgeois, et à la fin, on applaudissait le chancelier debout pendant plusieurs minutes. L'Union est le parti du poing serré dans la poche. Le parti des poltrons et des avaleurs de crapauds.
Peut-être est-ce le prix à payer pour que l'Union ait fourni le chancelier pendant 52 ans depuis 1949. Heureusement, la chute du mur de Berlin n'a pas été soumise au vote au Bundestag, sinon ils auraient probablement été pour au sein de l'Union, mais se seraient abstenus en considérant Berlin-Est et le SED, en faisant une déclaration personnelle.
Si l'Union devait sérieusement se demander pourquoi sa cote de popularité décline, cela pourrait être une bonne piste de chercher sa propre colonne vertébrale. Le vocabulaire est-allemand de la « Bückware » (produits en pénurie sous le comptoir) prend ici un tout nouveau sens: contrairement à ce que l'on suppose dans l'Union, cet organe n'est pas seulement destiné à se courber, mais aussi à se redresser et à se tenir debout. Mais ne demandons pas trop....
Ralf Schuler a été pendant plus de dix ans chef de la rédaction parlementaire de BILD et est chef du service politique du portail d'actualités NIUS. Il dirige la chaîne d'interview « Schuler! Demander ce qui est ». Son nouveau livre "La montée des populistes. Pourquoi les partis établis ont perdu les citoyens. Analyse d'un échec démocratique" est publié aux éditions Fontis, Bâle.