Qu'arrive-t-il donc à nos politiciens? À peine un conflit éclate-t-il quelque part dans le monde qu'ils estiment devoir s'associer bruyamment aux lamentations des militants internationaux choqués. Même les membres de notre gouvernement ne peuvent s'empêcher de chanter à tue-tête en chœur avec les apôtres de l'indignation.
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Le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis a offert à ce sujet un exemple quelque peu déroutant dans la NZZ. Lorsqu'on lui a demandé si les États-Unis étaient un partenaire fiable, il a répondu: « Nous devons reconnaître que nous ne vivons plus dans un ordre basé sur des règles, mais dans un désordre basé sur des règles. Les États-Unis façonnent actuellement le monde, et nous sommes tous concernés, la Suisse par exemple en ce qui concerne les tarifs douaniers », a déclaré le Tessinois libéral.
Il est désastreux que nos hauts responsables politiques perdent de vue ce que nous devrions chérir et préserver, à savoir notre neutralité armée perpétuelle. Maintenant plus que jamais. Dans un monde qui semble se désagréger, nous sommes bien avisés de nous concentrer sur ce qui a fait ses preuves dans le passé – ne pas se mêler des affaires d'autrui, mais plutôt offrir nos services de médiation dans les conflits internationaux.
À quoi cela sert-il à notre pays si le ministre des Affaires étrangères critique l'intervention des États-Unis au Venezuela comme un choc pour l'Europe? Qu'y a-t-il de choquant dans le fait qu'un président américain arrête le présumé trafiquant de drogue Nicolàs Maduro? Cette indignation artificielle concernant la violation de l'État de droit et du droit international peut être affichée par la gauche éternellement inquiète, mais certainement pas par nos conseillers fédéraux.
Le président de la Confédération Guy Parmelin semble désormais mieux comprendre que le ministre des Affaires étrangères comment se tenir dans un terrain mouvementé. Pour un pays comme la Suisse, qui veut commercer avec tous les États de la planète et dont la prospérité dépend de manière décisive de la façon dont nous sommes perçus par les autres, il est stratégiquement imprudent de dénoncer avec un zèle excessif les événements géopolitiques sous les projecteurs de l'opinion publique. Il faut plus de courage pour ne pas se laisser mener sur la glace par les médias en période de crise et pour ne pas claironner ce qu'ils veulent entendre ou écrire.
Le président Parmelin a résisté à la tentation de se prononcer de manière consensuelle sur l'annexion du Groenland par Trump au WEF de Davos. Cela ne lui a pas valu d'applaudissements, le Tagesanzeiger s'en est même moqué parce qu'il n'a pas voulu prendre position sur le sujet, contrairement au président français Emmanuel Macron ou à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Nous ne sommes pas un membre de l'UE, mais un État européen neutre qui s'est toujours bien porté tant que les dirigeants actuels ne dépassaient pas les bornes.
Nous ne devrions pas quitter ce chemin de la vertu.