Le 17 novembre nous avions rapporté à cet endroit que le Tribunal administratif fédéral rappelait à l'ordre l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) et exigeait la divulgation complète et non expurgée des contrats de vaccins Covid-19 avec le fabricant Novavax.
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Le Tribunal administratif fédéral tient désormais à préciser que cela pourrait conduire à des conclusions erronées. Le document cité par Weltwoche est une ordonnance dite d'instruction, et non un jugement. C'est donc le Tribunal administratif fédéral lui-même qui souhaite d'abord voir les contrats non expurgés.
Le contexte de ce litige est le refus persistant de l'OFSP de divulguer intégralement les contrats de vaccination. L'avocat et conseiller national UDC Rémy Wyssmann avait déposé une plainte contre la politique opaque de la Confédération en se basant sur le principe de publicité.
Comme il ressort des échanges de correspondance entre les parties, le Tribunal administratif fédéral demande à l'OFSP de soumettre les dossiers complets, "une fois éventuellement expurgés et une fois dans leur intégralité". Prima facie, c'est-à-dire au premier abord, "il n'existe pas de secrets commerciaux" que le public ne devrait pas connaître.
D'un point de vue juridique, il s'agit donc d'une balance des biens et des intérêts entre l'intérêt des fabricants à garder le secret en raison de prétendus secrets commerciaux et l'intérêt du public à la divulgation des contrats.
Des juristes, comme l'avocat zurichois Philipp Kruse, soulignent que l'affirmation concernant le secret commercial doit être traitée comme une simple affirmation, tant que l'existence d'un véritable secret commercial n'a pas été prouvée par l'autre partie. Et même si les passages expurgés concernaient des faits que le fabricant aimerait protéger en tant que secret commercial dans le commerce général, l'intérêt public doit également être pris en compte.
Car les citoyens doivent en principe toujours pouvoir comprendre dans quels investissements leurs impôts sont dépensés. De plus, le public a un intérêt légitime à la protection de la santé publique: pour pouvoir vérifier si les contrats sont aptes à apporter une contribution positive, il doit pouvoir consulter les dispositions correspondantes, notamment sur les ingrédients.
Les contrats d'approvisionnement en vaccins présentent également une similitude frappante avec ce qu'on appelle des contrats en faveur de tiers. En effet, l'État et le fabricant ont conclu des contrats sur des produits qui sont payés par des tiers – les contribuables – et également consommés par ces tiers. Étant donné que dans la configuration des contrats de vaccination en question, le « tiers » concerne potentiellement l'ensemble de la population, le contrat et sa divulgation doivent principalement tenir compte des intérêts de ce tiers, c'est-à-dire de la population suisse.
Enfin, il s'agit également du principe fondamental d'un contrôle juridique efficace: Permettre à tous les partenaires contractuels dans le domaine des marchés publics (et en particulier lors de l'acquisition de vaccins) de garder systématiquement secrets envers le public les informations sur la qualité et les ingrédients de leurs produits ainsi que sur la responsabilité du produit, empêcherait la population, les tribunaux et les parlements de vérifier efficacement la protection des intérêts du public.
Une telle pratique abolirait le principe fondamental de l'état de droit de la séparation des pouvoirs et favoriserait systématiquement les producteurs de vaccins. La porte serait ouverte à l'abus et à la favoritisme de certains acteurs économiques.