Après la plus grande catastrophe incendiaire de l'histoire de la Suisse, où 40 personnes âgées de 16 à 26 ans ont perdu la vie et 116 ont été grièvement blessées, la station de vacances huppée de Crans-Montana et le Valais dans son ensemble sont en difficulté. Le préjudice à la réputation est immense. Il pourrait encore s'aggraver si le moindre soupçon surgissait quant à l'intégrité des investigations.
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La procureure générale Béatrice Pilloud et la justice valaisanne sont déjà en général sous suspicion. Le journal Blick, du groupe Ringier, a exigé en première page qu'on retire l'enquête des mains du canton. Celle-ci serait pour le Valais quelques tailles de chaussures trop grande, nécessitant un procureur extraordinaire externe. Auparavant, la NZZ avait également fait des allusions dans ce sens, fondées sur les déclarations de membres de la commission de justice cantonale du Parlement.
On peut également voir les choses différemment: qui, si ce n'est précisément ce canton, est capable de gérer de telles catastrophes sous tous les angles, y compris pénalement? Le Valais a dû affronter de nombreuses tragédies au cours de son histoire, développant une certaine routine dans ces tâches.
En février 1970, une avalanche à Reckingen a emporté 30 personnes dans la mort. 11 locaux et 19 officiers de l'armée ont été surpris par les masses de neige. En août 1965, à l'arrière de la vallée de Saas, 88 ouvriers (principalement des travailleurs migrants italiens) ont été tués lors de l'effondrement du glacier Allalin sur le chantier du barrage de Mattmark. Le 13 mars 2012, un terrible accident de bus à Sierre, en Valais, a coûté la vie à 28 personnes, dont 22 enfants d'école. La plupart des victimes étaient belges. La dernière grande catastrophe est survenue au printemps 2025 dans le Lötschental, lorsqu'une avalanche de glacier a enseveli le village de Blatten.
Naturellement, la catastrophe incendiaire dans le bar de Crans-Montana la nuit de la Saint-Sylvestre, en raison du nombre élevé de victimes et de blessés, est plus grande que tout ce que l'on avait connu jusqu'ici. La commune de Crans-Montana doit s'attendre à des demandes de dommages-intérêts si elle porte une part de responsabilité, ce qui surclassera probablement tout ce qui a précédé, d'autant plus que de nombreux jeunes survivants de l'incendie en garderont des séquelles à vie. Cela fera l'objet de pourparlers civils. Cependant, c'est l'enquête pénale qui est actuellement au premier plan.
Bien sûr, la procureure générale Pilloud et son équipe doivent aussi se battre contre les fantômes du passé. La justice valaisanne a mauvaise réputation; souvent, le Tribunal fédéral a dû intervenir et corriger les jugements du tribunal cantonal. Pilloud a cependant l'occasion de montrer que quelque chose a changé. Il est également avantageux que des enquêteurs locaux examinent la catastrophe incendiaire, puisque l'accès aux cercles impliqués est aussi plus facile.
Le cas de Loèche-les-Bains, une station touristique haut-valaisanne qui a fait faillite, a montré que le personnel extérieur au canton rencontre une grande résistance au Valais. Le tuteur de la commune de Loèche-les-Bains, un avocat zurichois, a eu, pour cacher cette situation, une position difficile, car de nombreux fonctionnaires se montraient peu coopératifs à son égard.
S'il y a quelque chose que le Valais déteste encore plus que le loup, c'est bien les interventions et l'ingérence extérieure dans la souveraineté cantonale.
Cette image de soi contraste avec la réalité économique. Le "Bahn-sinn", comme le journal d'extrême gauche du Haut-Valais Rote Anneliese se moquait autrefois de l'armement touristique des stations avec des téléphériques, ne fonctionne souvent que grâce à de grands investisseurs étrangers fortunés. À Crans-Montana, le milliardaire Radovan Vítek a sauvé les remontées mécaniques de la ruine. Désormais, le géant américain du ski Vail Resorts a repris la station de Crans-Montana, où les championnats du monde de ski se tiendront à nouveau l'année prochaine, après 1987.
Les habitants et le pays réagissent d'autant plus vivement lorsque quelque chose leur est imposé politiquement depuis Berne, comme en 2012, lorsque le canton a été le seul à rejeter la loi sur l'aménagement du territoire. Une grande crainte était que la proposition empiète trop sur l'autodétermination cantonale et communale. La nomination d'un procureur extraordinaire extérieur au canton, sous la pression de la Suisse extérieure, serait une offense.