Le débat nucléaire européen gagne en intensité: plusieurs gouvernements se disent ouverts à des discussions sur une dissuasion nucléaire autonome – en complément du parapluie américain. Le déclencheur est la confiance vacillante dans la fiabilité d’un gouvernement américain dirigé par Donald Trump.
Stefan Rousseau
Comme le rapporte Politico, plusieurs États baltes en particulier signalent leur volonté d’engager une nouvelle discussion stratégique. La Première ministre de la Lettonie a déclaré: « La dissuasion nucléaire peut nous offrir de nouvelles possibilités. Pourquoi pas? ». L’Estonie n’exclut pas non plus des discussions, tout en continuant de souligner l’importance de l’OTAN.
En toile de fond, on trouve les doutes répétés de Trump quant à la clause de défense collective de l’Alliance ainsi que ses exigences en faveur d’une plus grande responsabilité européenne. À Munich, des dirigeants politiques de premier plan ont débattu ouvertement des options – allant d’un rôle accru de la France et du Royaume-Uni jusqu’à un possible « modèle de dissuasion européen ».
La France et le Royaume-Uni sont les seules puissances nucléaires d’Europe. Le président Emmanuel Macron a annoncé son intention de « réarticuler » le rôle de la dissuasion française et de le penser à l’échelle européenne. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a précisé que les débats en Europe étaient acceptables – tant qu’ils ne se substituent pas au parapluie américain.
Tous les gouvernements ne suivent pas: le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a mis en garde contre une course aux armements nucléaires. La Conférence de Munich sur la sécurité montre néanmoins que la question de l’autonomie nucléaire de l’Europe est passée du statut de tabou à celui d’enjeu stratégique.