On affirme régulièrement que l’argent liquide deviendra bientôt superflu. La jeune génération paierait soi-disant uniquement par carte de crédit, Twint ou d’autres moyens électroniques. Parallèlement, on entend dire qu’en Suisse, personne ne souhaite supprimer l’argent liquide – l’initiative populaire « L’argent liquide, c’est la liberté » serait donc inutile.
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En réalité, la Banque nationale suisse montre, sur la base de sondages, que l’argent liquide reste populaire. Elle ne prévoit actuellement aucune restriction. Néanmoins, les billets et les pièces ne représentent qu’environ 6,5 % de la masse monétaire par rapport aux autres moyens liquides – en particulier les dépôts à vue et à terme ainsi que les avoirs d’épargne (masse monétaire M2). Le volume des billets en circulation s’élevait en novembre 2025 à environ 72 milliards de francs. Par habitant, le niveau le plus élevé a été atteint en juin 2022 avec 10 500 francs, contre environ 7 900 francs en novembre 2025. Compte tenu du niveau de vie local, cela n’a rien d’exceptionnel.
La pression sur l’argent liquide provient surtout de l’international. L’UE et l’OCDE durcissent en permanence, sous prétexte de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, les limites pour les transactions en espèces et les passages de frontière. Dans l’UE, les paiements en espèces de plus de 10 000 euros devraient être interdits à partir de 2027. Lors des passages de frontière, les avoirs en espèces supérieurs à 10 000 euros doivent être déclarés; des obligations de preuve supplémentaires s’appliquent parfois. La France et la Grèce connaissent déjà des plafonds nettement plus bas. De telles mesures reviennent à une restriction progressive de l’argent liquide.
L’affirmation selon laquelle le paiement sans espèces serait plus sûr est également réductrice. La fraude sur Internet cause chaque année des dommages se chiffrant en milliards. Parallèlement, les nouvelles séries de billets et la suppression des grosses coupures ramènent l’argent liquide thésaurisé dans le circuit financier. La pression indirecte en faveur des paiements sans espèces augmente ainsi – avec des comptes bancaires payants et la possibilité d’établir des profils de consommation et de déplacement. La protection de la sphère privée financière diminue.
L’initiative « L’argent liquide, c’est la liberté », sur laquelle il sera voté le 8 mars 2026, exige l’inscription durable dans la Constitution fédérale (art. 99) de la garantie d’un approvisionnement suffisant en billets et en pièces. Cela marquerait également des limites en matière de politique monétaire, par exemple en cas de taux d’intérêt fortement négatifs. En outre, un éventuel remplacement du franc suisse ne devrait être possible qu’avec l’accord du peuple et des cantons.
Enfin, l’argent liquide est une question de préparation aux crises. Des cyberattaques, des pannes de courant ou des conflits militaires peuvent paralyser les systèmes de paiement numériques. Des pays comme la Lettonie ont élaboré des plans d’urgence, équipé les distributeurs automatiques de générateurs et développé des systèmes de paiement hors ligne pour les fournisseurs essentiels. L’argent liquide reste ainsi un élément indispensable de la résilience économique.
L’argent liquide est plus qu’un moyen de paiement: il représente l’autodétermination, la vie privée et la stabilité en des temps incertains.