Karin Keller-Sutter semble déjà s’être résignée à démissionner dans un avenir proche. Il est presque impossible d’expliquer autrement pourquoi la conseillère fédérale PLR ne combat même plus la nouvelle version de l’initiative pour des multinationales responsables (Kovi). La ministre des Finances a approuvé dans son principe le contre-projet très étendu que le Conseil fédéral a envoyé en consultation mercredi. C’est ce que révèlent des recherches de la Weltwoche. Le « Nebelspalter » en avait parlé en premier.
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Ainsi, la ministre des Finances ne serait intervenue en amont de la séance du Conseil fédéral de mercredi qu’au moyen d’un rapport complémentaire inoffensif. Outre une question de compréhension concernant l’alignement du contre-projet sur la directive européenne correspondante, la cheffe du Département fédéral des finances (DFF) aurait attiré l’attention du Département fédéral de justice et police (DFJP), responsable du dossier, sur des questions ouvertes relatives à l’obligation de surveillance des entreprises suisses. En principe, la conseillère fédérale PLR serait d’accord avec le contre-projet, confirme une source fiable au sein du DFF.
Cela surprend, car personne dans ce pays ne s’est engagé aussi fortement et aussi en vue contre la Kovi que Keller-Sutter avant la votation de novembre 2020. À tel point que la Délégation de gestion du Conseil national est ensuite arrivée à la conclusion que la ministre de la Justice de l’époque avait interprété de manière « extensive » le mandat d’information du Conseil fédéral durant la campagne de votation. La conseillère fédérale PLR n’avait pas hésité non plus à servir de figure honnie à la coalition de gauche en faveur de la Kovi. L’hebdomadaire WOZ avait par exemple qualifié Keller-Sutter de « conseillère fédérale menteuse ».
La soudaine passivité de Keller-Sutter est d’autant plus remarquable que, par son contre-projet, le Conseil fédéral fait plus que simplement un geste envers les initiants. Le noyau de la Kovi, qui a fait de l’initiative dès le départ un risque pour la place économique suisse, a à peine changé. Il s’agit en particulier de la responsabilité des groupes pour les grandes entreprises suisses. Les groupes ayant leur siège en Suisse devraient répondre de dommages à l’étranger résultant de violations de leurs obligations de diligence. Les entreprises helvétiques doivent donc s’attendre à des vagues de plaintes venues de l’étranger.
Outre Keller-Sutter, le deuxième représentant PLR, le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis, soutient lui aussi le contre-projet étendu. De même que la conseillère fédérale socialiste Elisabeth Baume-Schneider et le conseiller fédéral du Centre Martin Pfister. Selon les médias, les deux conseillers fédéraux UDC Guy Parmelin et Albert Rösti se seraient prononcés contre le contre-projet.
Le ministre de la Justice Beat Jans est ici le chef de file; il avait déjà milité pour la Kovi lorsqu’il était conseiller national. Les groupes ayant leur siège en Suisse doivent pouvoir être tenus pour responsables de leurs « pratiques commerciales sans scrupules et méprisantes envers l’être humain » à l’étranger, avait déclaré le socialiste au Conseil national en 2019. « Tant que les lois ne changent pas, ces criminels ne seront jamais traduits en justice. »
Bien que la première Kovi ait été rejetée en 2020 par une nette majorité des cantons, les initiants ont déposé peu après une nouvelle fois presque la même initiative. Si le contre-projet du Conseil fédéral devait être maintenu, celui-ci ne devra, en cas de référendum, surmonter que la majorité simple du peuple. Il n’est pas encore clair si le plan de Jans et de ses camarades fonctionnera. La votation devrait avoir lieu en 2028. D’ici là, la conseillère fédérale PLR Keller-Sutter ne devrait plus être en fonction.