Berne envoie un signal: le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) veut convoquer l’ambassadeur d’Israël après que la Knesset a adopté une loi prévoyant la peine de mort pour les terroristes. La Suisse réaffirme ainsi sa position claire contre la peine de mort – une position qu’elle défend dans le monde entier, y compris face à des États comme l’Arabie saoudite, la Chine ou les États-Unis d’Amérique.
David Wolfgang Ebener/Keystone
En règle générale, cet engagement se fait toutefois discrètement: par des canaux diplomatiques, dans des instances internationales ou lors d’entretiens confidentiels. Le DFAE agit le plus souvent avec retenue. Mais dans le cas d’Israël, il choisit un autre volume sonore.
S’agissant d’États où la peine de mort est solidement ancrée et régulièrement appliquée, la Suisse reste nettement plus discrète. En Arabie saoudite, par exemple, la peine de mort fait partie des instruments centraux du système pénal, avec de nombreuses exécutions chaque année. Certes, Berne est intervenue à plusieurs reprises après des exécutions de masse, mais cela s’est fait à huis clos, sans mise en scène politique visible. À l’égard de la Chine également, où des organisations comme Amnesty International évoquent des milliers d’exécutions chaque année, les critiques s’expriment surtout dans le cadre de dialogues et de résolutions. Les États-Unis d’Amérique sont eux aussi critiqués, mais là encore principalement par la voie diplomatique.
Le contraste n’en est que plus frappant: c’est précisément Israël, qui n’a appliqué la peine de mort qu’une seule fois dans son histoire, qui se retrouve aujourd’hui publiquement au centre de l’attention. Le projet de loi est sans aucun doute problématique, mais en prenant spécifiquement Israël pour cible, le DFAE pratique un traitement inégal – et applique deux poids, deux mesures. Il est d’ailleurs tout à fait possible que l’intervention de Berne soit quelque peu précipitée. En effet, des organisations israéliennes de défense des droits de l’homme et des politiciens de l’opposition ont déposé un recours contre la loi auprès de la Cour suprême d’Israël. Ils justifient cette démarche par le fait que la réglementation viole des principes fondamentaux de l’État de droit, en particulier le droit à la vie, l’égalité de traitement devant la loi ainsi que les engagements internationaux d’Israël en matière de droits de l’homme. Il est donc tout à fait possible que l’intervention de Berne soit quelque peu prématurée. Car le DFAE formule déjà des reproches à un moment où, à Jérusalem, la décision n’a pas encore été définitivement tranchée dans le cadre de l’État de droit.