C'était une vue étrange: l'or dégringole. L'argent suit juste derrière. Bitcoin fléchit. Et le dollar monte brièvement, pour ensuite perdre de la hauteur. Ceux qui parlent encore de « refuges sûrs » croient probablement aussi aux compartiments silencieux dans les trains de la Deutsche Bahn.
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Ce que nous vivons n'est pas un simple incident de marché. C'est un retrait de confiance à tous les niveaux. Un collectif « Sauve qui peut, ceux qui ont de la liquidité ». Les marchés se comportent comme des passagers qui réalisent que le pilote devient nerveux.
Pour l'or, après un rallye d'un siècle, un léger incident dans la turbine suffit: des rendements obligataires en hausse, la prise de conscience que cela ne peut continuer éternellement. Ensuite, le marché a fait ce qu'il fait toujours – il a sur-réagi. Les prises de bénéfices se sont transformées en ventes forcées, et les ventes forcées en panique. Le refuge sûr n'avait plus soudainement de garde-fou.
Bitcoin n'a pas chuté parce qu'il a été réfuté, mais parce qu'il est désenchanté. En période de stress, il n'est pas de l'or numérique, mais du risque numérique. Une espérance hautement liquide – qu'on convertit immédiatement en cas de doute. Son récit ne tient que tant que personne n'a besoin de liquidité en urgence.
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Et le dollar lui-même? Il montre tout le dilemme présent: d'abord, il s'apprécie à court terme. Mais pas par force – par réflexe. Lorsque les évaluations en baisse entraînent des marges appelées en chaîne sur le marché, on vend ce qui peut être vendu: à savoir l'or, l'argent, Bitcoin. Mais l'argent ne se réfugie pas dans le dollar, il s'y accroche. À court terme, il est indispensable, mais à long terme érodé. Politiquement affaibli, structurellement endetté, moralement surexpansé. Sa force ne réside plus dans la confiance, mais dans le manque d'alternatives. Ce n'est plus une monnaie de réserve, mais un monopole contraint.
En fin de compte, ce qui se passe actuellement sur les marchés n'est pas un krach, mais un aveu d'échec. Les investisseurs ont compris que rien n'arrive isolément. Aucune classe d'actifs ne se suffit à elle-même. Tout est interconnecté - et dépend de ses propres nerfs. Auparavant, ils se demandaient: Où fuir? Aujourd'hui, leur question est: Qu'est-ce qui tombe en dernier? La sécurité n'est plus un lieu, mais un souvenir.