On en restait bouche bée: le Parti socialiste suisse a débloqué 820 000 francs pour la campagne contre l’initiative de réduction des redevances. À présent, il double son don à la SSR pour atteindre 1,6 million. On n’en finit plus de se frotter les yeux.
Peter Schneider/Keystone
Mais bien sûr, cela obéit aussi à une certaine logique. Ce n’est pas la logique d’un parti ouvrier qui s’engage pour que les plus modestes de la société aient un peu plus pour vivre. Si le PS était encore un parti social, il défendrait, drapeaux rouges au vent, la baisse des redevances obligatoires. 335 francs par an, c’est un fardeau pour un travailleur manuel, alors qu’un millionnaire ne cille même pas.
Le PS n’est plus depuis longtemps un parti ouvrier. C’est le parti d’un establishment de gauche qui, après sa marche à travers les institutions, est assis aux leviers du pouvoir et voit manifestement dans la SSR un instrument parfait pour imposer et renforcer sa domination culturelle sur l’interprétation du réel.
C’est pourquoi ce parti peu social-démocrate est aussi résolument opposé aux médias sociaux. Ils viennent d’en bas, donnent une voix à chacun. Le PS préfère mener une politique des médias par le haut, avec des redevances obligatoires indépendantes du revenu et avec un quasi-monopole pour une seule maison de médias toute-puissante, qui n’a pas à faire ses preuves dans la concurrence, puisqu’elle sait qu’elle bénéficie de la main protectrice et lubrifiante de la politique.
Le PS est-il en train de s’acheter ainsi son propre canal médiatique? Mauvaise question: la SSR suit déjà la ligne du PS. Une écrasante majorité des journalistes de la SSR se déclarent de gauche. Le PS s’assure le pouvoir médiatique pour l’avenir. Dans le même temps, il s’emploie à restreindre encore davantage la liberté de parole sur le Net. Prawda, la vérité, ne viendra alors plus que par la radio rouge. Pour cela, 1,6 petit million en vaut largement la peine.