Lors de sa séance de vendredi, le Conseil fédéral a transmis les traités avec l’UE au Parlement. Le gouvernement ne serait ainsi plus « aux commandes », a déclaré le ministre des affaires étrangères compétent, Ignazio Cassis, qui paraissait très soulagé d’avoir enfin pu débarrasser son bureau de ce maudit dossier.
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Mais même dans cette dernière étape provisoire, le Conseil fédéral a montré jusqu’où il est prêt à aller pour faire entrer ces traités dans la tête du peuple suisse. Ainsi, le gouvernement n’a tout simplement pas tenu compte de résultats importants de la procédure de consultation qu’il avait lancée sur ces traités.
Concrètement, il s’agit de la question de savoir si, lors d’un vote, il faut une double majorité (du peuple et des cantons) pour se prononcer sur ces traités de grande portée. Ou bien si, du point de vue du Conseil fédéral, aucun référendum n’est prévu et que le peuple doit d’abord en lancer un pour pouvoir participer à la décision, dans ce cas avec une simple majorité populaire.
Comme l’a clairement montré le rapport publié en décembre sur les réponses à la consultation, une majorité des participants permanents à la consultation (cantons, partis, faîtières) ainsi que des autres milieux intéressés (associations, fondations, hautes écoles, etc.) se prononce en faveur d’un vote avec double majorité. 45 des 83 participants sont pour la majorité des cantons, 38 contre. Cela signifie que 54 pour cent s’opposent à la proposition du Conseil fédéral.
Mais cela n’empêche pas le Conseil fédéral de s’en tenir à la simple majorité populaire. Il se moque de la consultation et passe outre la majorité. Le Conseil fédéral vit-il déjà ici à l’heure de l’esprit de Bruxelles? En cas de oui aux traités, la Suisse pourrait certes encore donner son avis lors de la reprise du droit de l’UE, mais pas participer à la décision. Le Conseil fédéral appelle cette forme servile d’acquiescement « Decision Shaping » – il n’a même pas trouvé de mot dans l’une des quatre langues nationales.
Interpellé sur ce dysfonctionnement, le ministre de la justice Beat Jans élude la question. Plus encore: lors de la conférence de presse de vendredi, il a voulu dénigrer le résultat de la consultation, selon lequel la majorité ne serait due « qu’aux » prises de position de personnes privées. Lorsqu’il a été précisé que ce n’était pas exact et que la majorité ne provenait pas des participants naturels, mais des participants juridiques à la consultation, Jans n’a pas voulu s’y attarder.