Le Conseil fédéral ne veut pas soumettre les traités européens de grande portée au peuple et aux cantons (double majorité), mais uniquement au peuple (majorité simple). Il entend ainsi augmenter les chances d’acceptation des traités, comme l’a récemment admis le ministre des Affaires étrangères compétent, le conseiller fédéral PLR Ignazio Cassis. Une manœuvre tactique de votation, un « petit truc de gamin » des turbo‑européens – Cassis a au moins le mérite d’être honnête.
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Un sondage Sotomo montre désormais que cette approche est mal accueillie par la population. Seuls 49 pour cent sont favorables à ce que les traités européens soient soumis uniquement à la majorité du peuple. 39 pour cent souhaitent une double majorité, 12 pour cent sont indécis. Cette majorité manquée est remarquable au vu de la machinerie de propagande sans précédent que le Conseil fédéral et ses fonctionnaires ont mise en marche pour dénigrer la double majorité.
Les chiffres sont d’autant plus intéressants qu’il s’agit d’une étude mandatée par progresuisse, une organisation de l’entourage des turbo‑européens, dont le comité comprend deux fervents défenseurs de Bruxelles, le conseiller national PLR Simon Michel et la conseillère aux États PVL Tiana Moser. De plus, Sotomo est dirigé par le politologue europhile Michael Hermann.
Le fait que d’importants milieux de ce pays estiment que, compte tenu de leurs effets profonds sur le modèle de réussite politique qu’est la Suisse, les traités européens doivent être soumis à la double majorité est déjà apparu lors de la procédure de consultation sur les traités. Une nette majorité des participants permanents à la consultation (cantons, partis, associations faîtières) ainsi que des autres milieux intéressés (associations, fondations, hautes écoles, etc.) s’est prononcée en faveur de la soumission des traités à la double majorité – ce que le Conseil fédéral a soigneusement ignoré.
Le Parlement va désormais se pencher sur la question du mode de votation. Lors de l’audition publique organisée par la Commission des institutions politiques du Conseil des États, trois scientifiques sur cinq se sont prononcés en faveur de la double majorité.