Le prochain président de la Confédération SVP, Guy Parmelin, l'a démontré: de fermier à homme d'État. Désormais, son collègue de parti – Pierre-André Page – se trouve à la même bifurcation.
Le nouveau Président du Conseil national incarne des vertus qui se font rares à Berne fédérale: terre-à-terre, persévérance – et la capacité de rassembler des gens au-delà des clivages politiques.
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Page, agriculteur de Châtonnaye dans le canton de Fribourg, entre en politique nationale non pas comme un comète mais comme un coureur de fond. Actif depuis 1991 au conseil municipal de son village, il a été pendant deux décennies considéré comme « l'éternel second ». Trois candidatures au Conseil national échouées, deux tentatives ratées pour un siège au gouvernement cantonal – peu de politiciens ont appris le chemin vers Berne fédérale à la dure.
2015 marque un tournant: élu au Conseil national, il est ensuite clairement confirmé avec des résultats de pointe en 2019 et 2023 dans le canton de Fribourg. Sa formule est peu spectaculaire mais efficace: enracinement, présence, écoute. Depuis des années, actif dans des associations, sociétés musicales et sur les terrains de football, Page cultive un réseau qui évoque plus une place de village que le Palais fédéral – et c'est justement pour cela qu'on lui fait confiance.
Politiquement, Page se présente comme pragmatique et prêt au compromis, moins idéologiquement tranché que certains collègues du parti SVP. Même linguistiquement, il est un bâtisseur de ponts: grâce à son apprentissage agricole dans le canton de Soleure, il parle un peu le suisse allemand, suffisamment pour des conversations de bistrot – et pour cette proximité informelle qui décide des élections en Suisse alémanique.
Avec son élection en tant que « plus haut Suisse », Page ne se met pas en scène comme un vainqueur, mais comme un prestataire de services. Il affirme vouloir démontrer que chacun peut atteindre quelque chose – un message qui résonne bien dans un pays de politiciens de milice.
Si le tenace fermier du district de la Glâne se transformera véritablement en homme d'État national, son année présidentielle devra d'abord le prouver. Pourtant, son ascension raconte déjà une histoire qui fait du bien à la politique: lorsque la Suisse confie des responsabilités à des personnes aux racines solides, elle renforce ainsi sa propre crédibilité.