Alors que sur la ligne de front, des missiles russes réduisent les villes en ruines, un séisme politique menace Kiev : des accusations de corruption, des remaniements de personnel et une lutte de pouvoir paralysante secouent le gouvernement ukrainien. Selon un rapport du magazine britannique The Economist, le chaos politique risque désormais d'affecter la stabilité du pays plus sévèrement que la menace militaire de la Russie.
UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS SER / KEYSTONE
Trois développements en juin marquent un nouveau niveau d'escalade : le vice-premier ministre Oleksij Tschernyschow, considéré comme un candidat montant au poste de Premier ministre, a été accusé de corruption. Dans le même temps, des rumeurs circulent selon lesquelles le président Volodymyr Zelensky cherche à remplacer le chef du gouvernement Denys Shmyhal par Yuliia Svyrydenko, âgée de 39 ans. Parallèlement, on a de nouveau tenté de destituer le chef des renseignements militaires, le général Kyrylo Budanov – jusqu'à présent sans succès.
Au cœur des jeux de pouvoir se trouve Andriy Yermak, le chef d'état-major influent de Zelensky. L'ancien producteur de films est considéré par plusieurs sources comme un Premier ministre de l'ombre de facto. On l'accuse d'éliminer systématiquement les concurrents politiques et de fournir au président des informations filtrées. Un haut fonctionnaire estime que Yermak contrôle désormais "85 % des informations qui parviennent à Zelensky".
La paralysie intérieure coïncide avec une chute massive de l'aide militaire américaine. Depuis le retour de Donald Trump à la présidence, les livraisons militaires ont été stoppées, certains transports même interrompus en plein vol. Les observateurs y voient une tentative de Washington de contraindre Kiev à faire des concessions à Moscou.
Dans ce double siège – de l'extérieur par la Russie, de l'intérieur par des jeux de pouvoir – le désespoir grandit. Un haut responsable gouvernemental est cité : « Les Russes nous font cuire lentement à feu doux – et nous jouons à des jeux stupides avec des conséquences graves », écrit l'Economist.