Eh bien, merci, chère Suisse! Vous nous avez bien mis une idée en tête: la démocratie directe! Où cela mène, nous l'avons vu dimanche à Hambourg. 53,2 % des participants au référendum ont voté pour que la belle « Ville libre et hanséatique » soit « climatiquement neutre » dès 2040, et pour imposer ce chemin si nécessaire. 46,8 % étaient contre.
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En clair: si les valeurs ne correspondent pas, il faudra des interdictions de circulation, des millions de nouvelles chaudières ou bien des astuces comptables coûteuses avec le reboisement des forêts andines pour sauver le château de cartes climatique.
En regardant la carte des élections, on constate aussi que, justement, les riches quartiers du centre de Hambourg ont voté pour le nouvel illusionnisme climatique, où la nouvelle Tesla est garée juste à côté de la Porsche Cayenne dans le garage et où le remplacement d'une simple chaudière à gaz de 15 000 euros est payé depuis le compte courant.
Peut-être qu'en Suisse, le bon sens est mieux partagé ou qu'il y a moins de lubies. Quoi qu'il en soit, ce sont surtout les Allemands riches qui croient que l'on peut commander au climat d'être propre et que le passage au vélo cargo pourra ralentir les températures mondiales. L'harmonie de Hambourg soignera certainement aussi le monde chinois. Et les hamburgers devraient de toute manière être vendus uniquement en version végétalienne. En tant que citoyen de la ville du même nom, on devrait y arriver par un contrat de licence.
Sans parler du fait qu'il s'agit ici d'un exemple parfait montrant comment la démocratie directe peut conduire à une détention par coercition de haut en bas, il se pose également la question de savoir combien il est juste que les Hambourgeois votent pour rendre la vie difficile à des millions de personnes qui veulent ou doivent traverser le noeud de circulation en Allemagne du Nord dans toutes les directions.
Lors du combat entre riches et pauvres, ce sont en tout cas les riches de Hambourg qui ont gagné contre les pauvres désintéressés des quartiers périphériques, qui n'ont pas de semaine de quatre jours avec un « Friday for Future » et doivent voir comment ils s'en sortent en faisant la navette avec le centre-ville sans voitures.
À la fin, il y a un référendum où le peuple est le perdant. Car la décision portait sur un projet de loi qui doit maintenant être mis en œuvre. L'autre référendum sur l'introduction d'un « Revenu de base inconditionnel » a d'ailleurs échoué avec 37,4 % contre 62,6 %. Ouf!
Il est vrai: le principe de la démocratie représentative en Allemagne, selon lequel les plus futés sont envoyés au parlement pour régler les choses de manière à peu près raisonnable, ne semble plus vraiment fonctionner. Mais on ne peut pas pour autant laisser les gens décider eux-mêmes. Ce qui en résulte, on le voit à Hambourg.
Eh bien, merci, chère Suisse!
Ralf Schuler a été pendant plus de dix ans responsable de la rédaction parlementaire de BILD et est chef de la politique du portail d'information NIUS. Il gère la chaîne d'interview « Schuler! Fragen, was ist ». Son nouveau livre « Der Siegeszug der Populisten. Warum die etablierten Parteien die Bürger verloren haben. Analyse eines Demokratieversagens » est paru aux éditions Fontis, Bâle.