Une personne née homme, qui s’identifie aujourd’hui comme « non binaire », réclame 17 500 euros de dommages et intérêts devant le tribunal du travail de Berlin, parce qu’elle a été interpellée par « Monsieur » dans une lettre de refus. Selon la plainte de Nikolas T., cette demande s’appuie sur la loi générale sur l’égalité de traitement (AGG), qui doit « protéger contre les discriminations ».
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L’affaire fait partie d’une série de procédures similaires: parallèlement, plusieurs actions en justice de la même personne sont en cours en raison de refus de candidature prétendument discriminatoires, notamment aussi pour une supposée discrimination fondée sur l’origine.
Dans le cas concret, Nikolas T. avait postulé au Deutsches Vergabenetzwerk pour un poste en droit des marchés publics. Le refus invoquait un manque de qualifications, mais commençait par « Cher Monsieur T. … ». C’est précisément cette formule d’appel qui est désormais considérée comme discriminatoire. Dans un premier temps, Nikolas T. avait réclamé 5 000 euros à l’amiable; après le refus de l’entreprise, une action en justice de 17 500 euros a suivi.
Il est en outre reproché à l’annonce de poste de ne pas comporter la mention « (m/f/d) ». Cela pourrait être considéré comme un indice que l’offre ne s’adressait pas à tous les genres. L’expert en droit du travail Michael Fuhlrott déclare au journal Bild: « Le candidat n’a qu’à présenter des indices laissant supposer une discrimination. » S’il y parvient, l’entreprise doit prouver qu’il n’y a pas eu de discrimination. « Beaucoup d’entreprises préfèrent alors payer une certaine somme, la rage au ventre, pour éviter des frais de procédure élevés », explique Fuhlrott.
La partie défenderesse remet ouvertement en question cette démarche. Devant le tribunal, l’avocate a déclaré qu’il existait « une très forte impression » qu’une procédure standardisée était utilisée « pour se faire de l’argent de poche ». La partie demanderesse rejette cette accusation et affirme: « En tant que personne non binaire, je subis souvent des discriminations! »
Aucun accord n’a été trouvé. Fin mai, l’affaire sera à nouveau examinée par le tribunal. Se pose également la question fondamentale de savoir s’il s’agit ici d’une démarche systématique.