Après trois séries de débats, l’initiative sur la neutralité est parvenue jusqu’à la conférence de conciliation du Parlement fédéral – du moins son contre-projet. Une majorité composée du Centre et de l’UDC au Conseil des États a insisté mercredi pour inscrire dans la Constitution fédérale le noyau dur de la neutralité suisse. La phrase suivante devrait y figurer à l’avenir: «La Suisse est neutre. Sa neutralité est éternelle et armée.»
© KEYSTONE / PETER KLAUNZER
La gauche parlementaire ainsi que la majorité du PLR ne soutiennent manifestement pas ce noyau dur incontesté de cet instrument de politique de sécurité et de politique extérieure si important pour notre pays. Jusqu’à la fin du débat au Conseil des États, elles ont tenté d’empêcher également le contre-projet. Elles devraient ainsi, à ce qu’il semble, parvenir à s’imposer lors de la conférence de conciliation des deux Chambres. Jusqu’ici, le contre-projet n’avait aucune chance au Conseil national.
Le peuple suisse devrait donc se prononcer, dans la seconde moitié de l’année, uniquement sur l’initiative sur la neutralité de l’UDC. Celle-ci va nettement plus loin que le contre-projet. Il est notamment prévu d’interdire au Conseil fédéral de prendre des sanctions contre des parties belligérantes. La gauche surtout espère, grâce à un non dans les urnes, reléguer définitivement la neutralité au musée de l’histoire. Elle veut de toute façon dissoudre l’armée suisse et adhérer à l’UE – c’est ce qui figure encore aujourd’hui dans le programme du PS.
Le fait que le PLR et le Conseil fédéral les suivent précisément sur ce point en dit long sur l’état de la prétendue Suisse bourgeoise. Avec la gauche, ils s’opposent à un article contraignant sur la neutralité dans la Constitution fédérale, afin de nuire à l’UDC tout en assouplissant les règles sur l’exportation de matériel de guerre. Le PLR, acquis à l’UE, se montre également ouvert à un rapprochement en matière de sécurité avec Bruxelles et avec l’OTAN.
Que le PLR prenne ainsi le risque de perdre le reste de son électorat bourgeois, et par là même son deuxième siège au Conseil fédéral après les élections de 2027, semble lui être indifférent. Le PLR paraît tout aussi prompt à oublier que c’est précisément la gauche qui combattra avec véhémence l’assouplissement de la loi sur le matériel de guerre. Le PLR ne devra alors pas s’étonner que, lors d’une éventuelle votation référendaire, il ne puisse plus compter sur la base de l’UDC ni sur une partie du Centre.
Il faut enfin se rendre clairement compte de ceci: qui ne veut pas d’une neutralité éternelle et armée veut une neutralité ad hoc et non armée, donc pas de neutralité du tout. C’est le constat amer après trois séries de débats intenses au Parlement.