Chaque jour, des communiqués parviennent dans les rédactions. Ils mettent en garde contre «l’initiative du chaos». Si l’immigration était à nouveau contrôlée et quelque peu réduite, la Suisse se retrouverait au bord du gouffre. La faîtière syndicale suisse Travail.Suisse reprend elle aussi ce refrain.
Christian Beutler/Keystone
Dans une attaque tous azimuts, le président Adrian Wüthrich met en garde contre l’initiative populaire qui sera soumise au vote le 14 juin. Aucun argument ne semble trop tiré par les cheveux.
Ainsi, l’ancien conseiller national socialiste bernois, qui n’a pas été réélu en 2019, écrit: «Il y a moins d’actifs et plus de rentières et de rentiers. Les personnes immigrées apportent aujourd’hui une contribution centrale: elles paient environ un tiers des cotisations AVS, mais ne perçoivent qu’environ un cinquième des prestations. Si nous excluons ces personnes, il manquera précisément ces cotisations pour le paiement des rentes. La conséquence est claire: plus de pression sur l’AVS – et, au final, des rentes plus basses ou un âge de la retraite plus élevé pour toutes et tous.»
En tant qu’observateur, on n’en croit pas ses yeux. Deux millions de personnes ont immigré au cours des 25 dernières années. Toutes sont, dès le premier jour, membres à part entière du système social suisse – un système qui, soit dit en passant, fonctionne à 100 % selon des règles nationales.
Chacune d’entre elles percevra un jour une rente. L’économiste allemand Bernd Raffelhüschen l’a récemment résumé dans la Weltwoche: l’immigration n’est rentable pour l’État social que si les personnes immigrées versent davantage dans le pot qu’elles ne retirent plus tard. Pour beaucoup de celles et ceux qui viennent ici, ce n’est précisément pas le cas.
Le raisonnement de Travail.Suisse paraît convaincant à première vue, mais il résiste à peine à un examen plus approfondi. Affirmer que la stabilité de l’AVS dépend principalement d’une immigration durablement élevée, c’est réduire à l’excès un problème complexe. Ce qui est décisif, ce n’est pas le simple nombre supplémentaire de cotisants, mais leur bilan net à long terme pour le système.
L’immigration peut soulager à court terme – à long terme, elle ne fait que repousser les défis démographiques dans le futur. Les personnes immigrées vieillissent elles aussi, perçoivent des rentes et pèsent ainsi sur le même système qu’elles ont auparavant soutenu. Sans équilibre durable entre cotisations et prestations, le calcul reste incomplet.
L’idée que de nouvelles vagues d’immigration puissent résoudre les problèmes structurels de la prévoyance vieillesse s’apparente à un système pyramidal démographique. Elle ne remplace pas les réformes, elle les repousse. Un débat honnête devrait donc reconnaître ceci: l’AVS est confrontée à des défis qui ne peuvent pas être relevés par les seules frontières ouvertes, mais par des solutions solides et viables à long terme au sein même du système.
Ignorer cela, ce n’est pas faire de la politique sociale – c’est de la poudre aux yeux.