Pendant le conflit douanier avec les États-Unis, le département des affaires étrangères s'est retiré, silence radio, en plongée. Depuis le marteau tarifaire de Trump cet été, Ignazio Cassis, chef du DFAE et conseiller fédéral FDP, est notamment allé à Kuala Lumpur, au Bhoutan, le "pays du bonheur", ou bien sûr à New York à l'ONU où les potentats du monde entier peuvent voter plus souvent que leurs peuples chez eux, par exemple sur de nombreuses résolutions contre l'état de droit démocratique d'Israël. À New York, où la mission suisse indisciplinée sous l'ambassadrice Pascale Baeriswyl lutte contre la faim mondiale, contre le réchauffement climatique mondial ou contre la criminalité mondiale.
Cassis lui-même a certes téléphoné début octobre avec son homologue américain Marco Rubio. Le ministre suisse des affaires étrangères n'a toutefois jamais été à Washington depuis la seconde élection de Trump en novembre 2024. Il n'a pas assisté à l'inauguration en janvier, ni accompagné ses collègues du Conseil fédéral, la présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter ainsi que le ministre de l'économie Guy Parmelin, lorsqu'ils ont tenté d'approcher, d'une manière ou d'une autre, le président américain après le choc tarifaire. Cet anti-activisme vis-à-vis des États-Unis est devenu la doctrine officielle du département des affaires étrangères: "Pour les négociations tarifaires avec les États-Unis, ce n'était pas le DFAE mais le département de l'économie qui était compétent", est-il précisé sur demande.
Ce serait comme si l'ancienne cheffe de l'économie Viola Amherd avait laissé l'évaluation du nouvel avion de combat uniquement au département des finances (ce qui, rétrospectivement, aurait peut-être été mieux). Ou comme si le ministre des transports Albert Rösti déléguait l'expansion des chemins de fer et des routes au département de l'économie. En cas de doute, à Berne, on s'implique plutôt qu'on ne serait prêt à céder des compétences. Les États-Unis sont, selon la stratégie de politique extérieure du DFAE et du Conseil fédéral, avec le Canada, le "partenaire le plus important hors d'Europe". Que faisaient donc Cassis et son DFAE? Où était par exemple le secrétaire d'État Alexandre Fasel, le chef de la diplomatie confédérale?
Selon le DFAE, Fasel s'est rendu une fois à Washington depuis l'entrée en fonction de Trump, où il a rencontré son homologue, le vice-secrétaire d'État Christopher Landau. Il était accompagné du chef de département Amériques, l'ambassadeur François Voeffray, qui est ensuite resté à Washington pour d'autres entretiens. "L'ambassadeur Voeffray a également eu d'autres entretiens en dehors des États-Unis, notamment à l'occasion de l'Assemblée générale de l'Organisation des États américains."
Les deux secrétaires d'État adjoints ne se sont jamais rendus à Washington sous la nouvelle administration américaine. L'un d'eux, Patric Franzen, est surtout occupé avec l'UE. Il n'y a pas de meilleur fonctionnaire que Franzen pour incarner l'orientation unilatérale du DFAE vers Bruxelles. Comme on l'a découvert lors de la consultation des traités de l'UE, la délégation suisse n'a même pas abordé certains points délicats pour la Suisse lors des négociations avec Bruxelles, comme des domaines stratégiquement sensibles dans l'énergie hydraulique. Cela par crainte de "réveiller des chiens qui dorment". Avec des diplomates comme Franzen, la Suisse n'a pas besoin d'ennemis.
Alors que le DFAE autour de Cassis, Fasel et Franzen laissait le dossier américain de côté, par incompétence ou par manque de volonté, ils laissaient courir le conseiller fédéral social-démocrate Beat Jans. Le ministre de la migration, qui souhaite un jour hériter du département des affaires étrangères de Cassis, insistait pour que le gouvernement entreprenne des mesures de rétorsion contre les États-Unis pendant les négociations tarifaires, qu’on ne fasse surtout pas de concessions à Trump dans le domaine de l'armement ou qu’on le poursuive directement devant l'Organisation mondiale du commerce.
Jans voulait même que la Suisse coordonne, voire s’allie, avec l'UE et le Canada dans la lutte contre les États-Unis. La petite Suisse avec les anciennes grandes puissances – Jans et la gauche voulaient entraîner la confédération au cimetière des dinosaures de l’histoire mondiale. On ne sait pas si le DFAE a simplement laissé le conseiller fédéral social-démocrate agir ou s’il l’a même incité et guidé. Compte tenu de ce refus de travailler du DFAE, il est cependant déconcertant de voir comment les entrepreneurs suisses sont maintenant mis au pillori par les médias, eux qui, contrairement aux diplomates, ont réussi à approcher Trump.
Ce sont eux qui ont permis que le dossier suisse arrive à nouveau au sommet de la pile des priorités du président américain, selon le ministre de l'économie Parmelin. Que dit Cassis de cela, on ne sait pas. Actuellement, le ministre des affaires étrangères est au Congo. Le secrétaire d'État Fasel pose quant à lui ces jours-ci avec un drapeau de l'UE et de la Palestine. Le chef de la diplomatie suisse se trouve à Bruxelles, où un groupe de soutien de divers États réfléchit à combien d'argent envoyer à l'autorité palestinienne en Cisjordanie, une autorité qui, jusqu'à récemment, versait une pension à vie de martyr aux proches de terroristes. Cassis et Fasel prendront également bientôt leur retraite. Le DFAE et ses priorités resteront probablement plus longtemps.