À 2 heures du matin, vendredi, Emmanuel Macron a envoyé la convocation aux chefs de parti et de groupe: à 14 h 30 à l'Élysée. Les partis de la gauche et de la droite extrême, LFI (La France Insoumise) et RN, n'étaient pas souhaités.
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Il s'agissait de la nomination du Premier ministre. « Pas d'adulte dans la pièce », plaisantaient les politologues et les politiciens sur les quatre chaînes d'information. Aucun bruit ne sortait de l'Élysée: les présents devaient remettre leurs téléphones portables aux huissiers.
Les images étaient fournies par Marine Le Pen: elle a assisté à la messe des pompiers, flâné dans les halls, discuté avec les visiteurs et les pompiers. C'était une démonstration éclatante de son lien avec le peuple et sa racine dans la réalité.
Ce furent des heures et des scènes surréalistes. Lorsque les séances du soir dans les cinémas parisiens se sont terminées et que le mode avion a été désactivé, l'heureuse fin était finie: avec le retour du Premier ministre, qui avait démissionné lundi matin, le film d'horreur de la politique française continuait dans la réalité.
Douze heures, le gouvernement du Premier ministre le plus éphémère de la Cinquième République a survécu. Maintenant, Sébastien Lecornu doit en former un nouveau. Par « sens du devoir », il a accepté la mission, s'excusant immédiatement. Ses parents l'ont baptisé du nom de Saint Sébastien, le martyr que l'empereur romain a nommé capitaine de la garde prétorienne romaine en raison de son bon comportement. Parce qu'il s'est converti au christianisme, il a été condamné à mort et abattu par des archers. Mais Sébastien n'était qu'apparemment mort, et lorsque sa pieuse veuve l'a soigné, il est retourné auprès de l'empereur.
Comme un chien battu, Sébastien Lecornu regarde le monde avec des yeux tristes. Il était ministre de l'Armée, et c'est Macron qui l'a forcé à nommer Bruno Le Maire comme successeur au ministère de l'Armée. En tant que ministre des Finances et de l'Économie, Le Maire incarne les mille milliards de dettes de Macron. Pour les Républicains, c'est un traître, dont la nomination a déclenché une réaction en chaîne qui a conduit à la démission du gouvernement.
La résurrection de Lecornu a déclenché des réactions attendues et inattendues.
Immédiatement, RN et LFI ont annoncé qu'ils renverseraient son gouvernement – que personne ne connaît encore.
Les socialistes voulaient désigner le chef du gouvernement. Leur chantage infructueux continue – maintenant avec l'abolition de la réforme des retraites. Ils ont démenti un pacte avec Lecornu. Mais ils craignent le plus les nouvelles élections.
Les Républicains sombrent à nouveau dans le chaos. Concernant une participation au gouvernement, il y a eu un échange de rôles entre leurs dirigeants ennemis: le chef de groupe Laurent Wauquiez était contre et est maintenant pour. Le chef de parti et ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, qui avec sa poussée a empêché Le Maire, ne veut plus que son parti soit au gouvernement.
Lundi, Lecornu doit présenter le projet de budget - Macron participera alors à la conférence de Gaza. Il a promis à Lecornu « carte blanche » - personne n'y croit.
Mardi, une déclaration du gouvernement de Lecornu est prévue.
Le scénario est prévisible: au Parlement, même la majorité est divisée contre sa dissolution, le centre de Macron a implosé, de nouvelles élections sont inévitables, et le Rassemblement National de Marine Le Pen obtient une majorité écrasante. Elle restera relative, mais avec les voix des Républicains dissidents, Jordan Bardella pourra gouverner en tant que Premier ministre.
Une « cohabitation » avec RN est la dernière chance de Macron pour rester au pouvoir jusqu'en 2027.
Pour Sébastien Lecornu, cela signifie: son martyre par sens du devoir et pour la République prend fin comme dans la légende: Saint Sébastien est tué à coups de massue après être revenu vers l'empereur et avoir renouvelé sa confession au christianisme.
Mais dans les heures les plus sombres de la politique française, des miracles se produisent - de Sainte Jeanne à Charles de Gaulle. Les crises et les guerres font émerger des hommes d'État.
Un « moine et un soldat » s'est appelé Sébastien Lecornu dans le journal télévisé, lorsque Macron lui a confié à nouveau la négociation. Il a offert des audiences comme on ne l'avait pas vu depuis des années. Lecornu est l'anti-Macron par excellence - par rapport à sa loyauté, sa modestie et aussi son amour pour la France. Prêt à gouverner avec des figures compétentes et fortes. Lecornu a reconnu qu'il avait échoué. Que Le Maire était une provocation et une mauvaise nomination. Il prend la responsabilité qui correspond à sa fonction - et ne crie pas l'injustice dans le monde entier.
« Je veux recommencer à zéro », dit-il dans la presse dominicale. Il y aura des « surprises » dans la formation du gouvernement, ses ministres seront « plus libres ». Son instinct historique ne le trompe pas: la Cinquième République est à sa fin, la France vit une « heure zéro », les mensonges de la vie de l'après-guerre s'effondrent - le dernier est la barrière de feu qui s'effrite, le pacte républicain.
Un seul homme politique a été officiellement nommé Premier ministre à deux reprises dans la Cinquième République. Il était – comme Lecornu – gaulliste et a servi les deux présidents qui ont liquidé le gaullisme et le communisme: le libéral Giscard d’Estaing et le socialiste François Mitterrand. Il s'appelait Jacques Chirac.
Si Sébastien Lecornu survit aux prochains jours, il pourrait réaliser le compromis historique que Macron promettait, avant d'échouer en tant que Jupiter autoproclamé à cause de son narcissisme.