Lors de son bilan personnel du WEF, Ignazio Cassis a une fois de plus démontré jeudi qu'il ressent bien les vibrations changeantes de la géopolitique et - pourrait-on penser - les comprend aussi très bien. Nouveau WEF après l'ère Schwab, nouveau monde après l'ère des États-Unis en tant qu'hyperpuissance - cela signifie aussi un autre type de diplomatie et bien sûr que la Suisse fait partie de ce monde en mutation. On participe également à ce changement, a déclaré le ministre des Affaires étrangères jeudi devant les médias nationaux.
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Aussi correcte que soit l'analyse, les conclusions que le ministre en tire sont fausses. Cassis veut absolument lier la Suisse à l'Union européenne (UE), bien que Bruxelles et surtout la bureaucratie qui s'y trouve ne jouent plus aucun rôle dans ce nouveau monde. Cassis n'a d'ailleurs pas mentionné une seule fois l'UE dans son bilan du WEF - bien qu'il ait rencontré à Davos des fonctionnaires européens de haut rang.
Tout aussi erroné: Plus le monde change rapidement et significativement, plus la neutralité reste importante en tant que système de coordonnées de politique extérieure et de sécurité pour la Suisse. Le grand afflux de tant de chefs d'État au WEF de cette année montre que la Suisse neutre est encore perçue comme un lieu de rencontre détendu et sans prétention par de nombreux pays. Cependant, le ministre des Affaires étrangères n'a pas mentionné une seule fois la neutralité dans son bilan du WEF.
Au moins, ce membre du Conseil fédéral FDP a parlé une fois explicitement des « intérêts propres » de la Suisse, ce qui est assez rare à entendre. Cela inclut également l'engagement des États-Unis au Groenland, notamment l'installation du système de défense antimissile « Golden Dome » là-bas. Seulement quelques heures auparavant, Cassis - comme presque tout le monde - était encore très critique à l'égard des projets de Trump de s'assurer le Groenland pour des raisons purement géostratégiques, sous quelque forme que ce soit.
Cassis a compris les signes du temps. Il a dit, face aux guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, que rien ne se ferait sans les Américains. Si Cassis veut réussir cette année en tant que président de l'OSCE, il devra dépendre de l'aide de Trump. Seul le président américain est capable d'assurer un cessez-le-feu entre la Russie et l'Ukraine, dont le respect et les modalités seraient coorganisés par l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).
C'est probablement aussi pour cette raison que Cassis se montre ouvert à ce que la Suisse participe au « Board of Peace » de Trump, à condition de se limiter au plan de paix à Gaza - ce qui n'est pas encore clair actuellement. On est en train de clarifier cela et cela sera approfondi au Conseil fédéral, si et comment la Suisse participera à l'initiative de paix de Trump. L'attaque verbale de Trump contre la collègue du Conseil fédéral et de parti Karin Keller-Sutter la veille est qualifiée d'« inacceptable » par Cassis. On a fait part de notre mécontentement aux autorités compétentes du gouvernement Trump et y a trouvé une compréhension.