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Ici, Köppel se trompe: le polygraphe s’égare dans ses tirades sur le droit international et la neutralité – et personne ne le remarque

Ce texte est d’abord paru sur le portail Zackbum.

L’éditeur, propriétaire, directeur de publication et rédacteur en chef de la Weltwoche s’est trouvé un nouveau sujet de prédilection. « Le vaisseau des fous Europe », fulmine-t-il: « Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient dévoilent la stupidité de nos politiciens ».

Peter Klaunzer/Keystone
Gäbe es, im Gegensatz zur Meinung Köppels, kein Völkerrecht, gäbe es auch keine Neutralität der Schweiz.
Peter Klaunzer/Keystone

Il y a du vrai là-dedans. « La mort, le feu et la fureur s’abattront sur eux », éructe le criminel de guerre Donald Trump contre l’Iran, exigeant sa « capitulation inconditionnelle ». Accordons-lui au moins qu’il ne sait pas ce que cela signifie.

Pendant ce temps, le criminel de guerre Netanyahou menace lui aussi de mort le nouveau guide religieux de l’Iran et fait bombarder sans retenue les États voisins. Le bombardement par les États-Unis d’une école de filles en Iran, avec plus de 160 morts, soi-disant à cause de cartes périmées, fait à peu près autant de gros titres que la mort d’un enfant en Ukraine causée par le criminel de guerre Poutine.

Köppel déclare à ce propos: « Il n’existe pas de droit entre les États. » Car: « Le droit n’existe que là où il y a une instance chargée de le faire respecter. » Et c’est très bien ainsi, du moins mieux que s’il existait un « gendarme du monde ». Ce serait « le despotisme ultime ». C’est là la moindre de ses erreurs dans cette philippique.

Sait-il au moins qu’il a emprunté le titre et la métaphore à Sebastian Brant? Celui-ci voulait, avec sa satire parue en 1494, dénoncer les égarements moraux – et appeler au repentir.

Puisque personne ne peut arrêter Trump dans ce pillage en plein jour, dans sa rapacité et son enrichissement personnel débridé (ou celui de son clan), comme l’appelle le Financial Times, on pourrait tout aussi bien jeter à la poubelle toutes les lois contre la fraude, le détournement, la corruption, si l’on suivait la logique de Köppel. Quel non-sens grandiose.

Il est incontestable que le régime sanglant et illégitime des ayatollahs en Iran est une tache sur l’humanité. Mais cela autorise-t-il à balayer tout ordre fondé sur des règles? Même face à des criminels cruels et inhumains, il existe des règles, ils ont des droits. Même pour l’infanticide, la présomption d’innocence s’applique jusqu’à sa condamnation définitive. Si nous remplacions cela par la justice expéditive, nous n’avancerions pas, nous retournerions au sombre Moyen Âge, là où vivent les ayatollahs.

Les actes cruels, qu’ils soient le fait d’un individu ou d’un régime criminel, suscitent le désir de réactions tout aussi cruelles. Œil pour œil, dent pour dent. Lorsque la mince couche de civilisation qui nous en protège commence à s’effriter, il ne faut pas la gratter complètement, mais la protéger.

Köppel en rajoute une couche et effectue un triple axel dans l’absurde, sans atterrissage assuré. Il encense une fois de plus la « neutralité perpétuelle, armée et intégrale » de la Suisse, « autrefois un bouclier protecteur non négociable en des temps de tempête ».

Ce faisant, il ne voit pas, emporté par son élan, que cette neutralité précisément n’existe pas par elle-même, mais repose sur un appel à des accords et des règles supranationaux. Ceux-ci ont même été – horribile dictu – respectés par Hitler et Mussolini. Car s’il n’existait pas, contrairement à l’avis de Köppel, de droit international, il n’y aurait pas non plus de neutralité de la Suisse, à laquelle il en appelle avec tant de ferveur.

Le fait que ces règles aient aussi été ignorées, comme dans le cas de la Belgique pendant la Première Guerre mondiale, constitue justement des exceptions. Ces violations du droit sont également perçues a posteriori comme telles et non enjolivées comme des actes conformes au droit ou supra-légaux.

Que recommande donc ce faux guide à la Suisse? La défense de ses intérêts, « cela signifie le retour à la neutralité intégrale ». Quelle erreur charmante, grandiose et éprouvante pour les zygomatiques.

La Suisse aurait beau crier sa neutralité à tue-tête, soutenue par le penseur profond Köppel – s’il n’existait pas d’accords internationaux, communément appelés droit international, cela ne lui servirait strictement à rien.

Trump n’inventerait pas seulement, tel un berserker, toujours de nouveaux prétextes pour imposer des droits de douane contre la Suisse. Il dirait: I give a fuck for your neutrality, mettez-vous donc à mes côtés.

Car le sens le plus profond du droit, national comme international, est la protection du faible contre le fort, du petit contre le grand.

Que le droit soit violé, que le droit soit parfois revendiqué en vain, n’est en aucun cas une raison de nier son existence ou de prétendre qu’il n’existe pas.

La morale aussi est quelque chose de supra-légal. Elle existe sans gendarme du monde, mais devrait être défendue par tous les êtres raisonnables.

Le fait que notre rempart, notre dernier rempart contre l’arbitraire, la loi du plus fort et la barbarie, souffre sous l’assaut de barbares, serait une raison suffisante pour appeler à sa défense. Non pour nier son existence.

Ce serait dans le meilleur intérêt de la Suisse, que Köppel prétend pourtant défendre.

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