À la fin du jeûne musulman (Ramadan), le conseiller fédéral socialiste Beat Jans a officiellement annoncé que l'islam faisait partie de la Suisse. Cette déclaration est d'une force explosive énorme. Dans l'islam, la religion est fondamentalement aussi la source du droit civil.
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À cet égard, la Déclaration du Caire sur les droits de l'homme en islam est exemplaire. Elle a été adoptée en 1990 par 45 ministres des affaires étrangères de pays islamiques et stipule expressément à l'article 24 que « tous les droits et libertés établis dans cette déclaration (…) sont subordonnés à la charia islamique ». Le droit à la liberté d'expression est limité par l'article 22 aux principes de la charia. Le droit islamique est déclaré en article 25 comme la seule source d'interprétation du droit.
Les femmes se voient accorder certes une dignité égale dans l'article 6, mais pas l'égalité juridique. La Déclaration du Caire n'est rien d'autre que la négation de la compréhension occidentale des droits de l'homme et ne peut être conciliée avec la Constitution fédérale suisse. Bien que dans la version révisée de 2020, la réserve à la charia soit omise, la réalité juridique, politique et sociale dans les États musulmans contredit le texte révisé, qui de toute façon ne possède aucune validité contraignante en droit international.
Il en est de même pour la Charte arabe des droits de l'homme, adoptée pour la première fois en 1994 par le Conseil de la Ligue des États arabes, qui, bien qu'elle renonce à une réserve à la charia, n'est pas compatible avec une norme occidentale des droits de l'homme. Cela devrait être connu d'un conseiller fédéral qui dirige le Département fédéral de justice et police. En conséquence, les conséquences politiques, juridiques et sociales possibles de l'immigration en provenance des pays musulmans lui importent peu.
Selon les rapports des médias, environ 450 000 musulmans vivent aujourd'hui en Suisse. Que se passerait-il si une formation politique se constituait parmi eux pour promouvoir l'islam politique ? Un tel parti pourrait naviguer habilement à l'ombre de la liberté de croyance et de conscience (article 15 de la Constitution fédérale), condamnant tous les opposants comme islamophobes et racistes et inonder ses critiques de plaintes pénales en abusant de la norme anti-racisme.
Cependant, la liberté de croyance et de conscience ne protège pas les efforts politiques visant à abolir les droits fondamentaux garantis par la constitution. L'islam politiquement actif, également connu sous le nom d'islamisme, n'a donc aucune prétention à la protection par la Constitution fédérale. Il doit être combattu sur la base de notre État de droit démocratique.
Quiconque revendique des droits spéciaux sur la base de l'islam met en danger la cohésion de notre société et la sécurité intérieure, et en fin de compte, notre démocratie.
La menace pour la sécurité intérieure doit être affirmée lorsque l'objectif, même sans recours à la violence, semble préoccupant du point de vue démocratique et de l'État de droit, comme par exemple la propagation de l'idéologie national-socialiste, l'établissement d'une société communiste ou d'un État islamiste.
Remarquable à cet égard est un jugement du Tribunal fédéral, qui a dû décider de la non-prolongation du permis de séjour d'un étranger. Le Tribunal fédéral a rejeté son recours en affirmant qu'il restait fortement ancré dans ses vues traditionnelles de son contexte culturel et de son ordre juridique, ses opinions sur les droits des hommes et les devoirs des femmes étant en contradiction marquante avec le droit suisse et les valeurs locales.
Le Tribunal fédéral partage ainsi l'avis de l'instance précédente, jugeant que l'intégration du recourant laisse à désirer ; cela est d'autant plus vrai qu'il est attendu de lui, en tant qu'imam, qu'il agisse comme un médiateur entre les cultures, qu'il s'intègre particulièrement bien et qu'il respecte non seulement, mais incarne aussi l'ordre juridique suisse et les valeurs sociales » (Haefeli : Interdiction d'entrée et expulsion par la police fédérale (fedpol) pour extrémisme et terrorisme, dans : Sécurité et Droit 1/2021 p. 8 ff. avec renvoi au jugement du Tribunal fédéral du 27 septembre 2019, 2C_990/2018 considérations 2.4.1-2.4.4).
Le peuple suisse a marqué de lourds signaux contre l'islam politique avec l'interdiction des minarets et la loi sur la dissimulation dans la Constitution fédérale. Une interdiction supplémentaire des partis islamistes serait un autre signal clair. Les activistes islamistes devraient en général être tenus responsables individuellement, même sans structures de parti formelles. La mesure la plus efficace ne serait toutefois pas le droit pénal, mais la révocation obligatoire des permis d'établissement et de séjour, la levée de l'admission provisoire ainsi que la déchéance du statut de réfugié et d'asile, combinée à un retour systématique dans l'État d'origine. Les bases légales devraient être adaptées en conséquence.
Mais la Suisse en est encore très loin. Et soyons honnêtes : on n'attend rien de tel du conseiller fédéral Beat Jans et du secrétaire d'État à la migration, Vincenzo Mascioli, à cet égard. Au contraire, l'asile est toujours accordé aux femmes afghanes pratiquement sans condition préalable, leur permettant de faire venir leurs maris et enfants en Suisse dans le cadre du regroupement familial. Un jugement du Tribunal administratif fédéral jugeant cette pratique illégale (jugement du 23 avril 2024 (E-2303/2020 ; Weltwoche n ° 23.24, p. 33) est soigneusement ignoré. Donc : Islam First.
Fulvio Haefeli a été juge auprès du Tribunal administratif fédéral à St. Gall de 2007 à 2022.