Le système d’asile suisse est de nouveau sous pression – cette fois en raison des critiques de l’influenceur Joung Gustav dans la Weltwoche. Ses déclarations sur les coûts, la criminalité et le changement culturel touchent un point névralgique, car elles s’appuient sur des chiffres officiels tout en mettant en lumière un vide politique: le manque de transparence et de pilotage stratégique dans le système d’asile.
Les faits sont clairs. Selon le compte d’État 2023, les dépenses du Secrétariat d’État aux migrations (SEM) se sont élevées à 3,439 milliards de francs. Le SEM le confirme: «Les dépenses du SEM se sont élevées en 2023 à 3,439 milliards de francs. Elles comprennent les coûts des procédures d’asile, de l’hébergement, de l’aide au retour ainsi que les contributions aux cantons et aux organisations internationales.» Ce chiffre ne fait pas l’objet de contestation. Mais la Confédération n’a pas été en mesure de fournir, en réponse à une question parlementaire, un aperçu complet des coûts globaux du système d’asile – un constat qui étaye la critique d’un manque de transparence.
Sur la question de la criminalité, le SEM renvoie à la compétence des cantons: «La poursuite pénale et la prévention relèvent de la compétence des cantons.»
Particulièrement sensible est le troisième point soulevé par Gustav, à savoir le changement démographique et culturel. Sur ce point, le SEM réagit par une prise de distance inhabituellement nette: «Nous ne nous prononçons pas à ce sujet, l’interprétation d’‹analyses› à connotation ethno-nationaliste ne fait pas partie des attributions du SEM.» Cette formulation est remarquable, car elle encadre le débat sur le plan moral au lieu de le situer sur un plan factuel. L’État devrait éviter les catégorisations idéologiques et montrer plutôt comment la politique d’intégration et la réalité démographique s’articulent.
La Suisse est en effet confrontée à un double défi: d’une part, remplir ses obligations humanitaires, d’autre part, garantir la stabilité de la société. Balayer trop rapidement la critique du système d’asile comme «ethno-nationaliste», c’est confondre indignation morale et analyse politique. Il en résulte un débat qui ne réagit plus aux arguments, mais aux étiquettes.
La politique d’asile a besoin de transparence, d’honnêteté et du courage de la différenciation. Ce n’est qu’à ces conditions qu’elle pourra regagner la confiance – et éviter que des questions légitimes ne disparaissent dans l’ombre de l’indignation.