Rhétorique de guerre - elle est devenue une réalité dans les médias allemands et la politique.
Fauteurs de guerre, guerriers de la guerre froide et généraux de poche tentent d'occuper la pensée des citoyens du pays avec un langage qui porte les traits de la propagande préparatoire à la guerre. Croissance, protection de la patrie, défense, combat, flanc est et ainsi de suite: des termes, formulations, expressions normalement trouvés dans le milieu militaire pénètrent de plus en plus la communication publique - et, à plus ou moins long terme, également la conscience des citoyens.
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Avec le « changement d'époque » politiquement fixé et médiatiquement soutenu, un langage est revenu, qui ne présage rien de bon. Sous nos yeux, politiciens et journalistes célèbrent littéralement un langage qui doit enfin être nommé tel qu’il est. C’est le langage de la guerre. Ce qui est dangereux ici, c’est que langue, pensée et action sont étroitement liées. D’un côté, la pensée engendre des termes, de l’autre, les mots forment, dirigent et infiltrent notre pensée. Et à partir de pensées et de mots, les gens créent la réalité. Là où le langage de la guerre s’établit, où il trouve un sol fertile, peut s’étendre toujours plus et est constamment nourri, la guerre menace aussi de se rapprocher de la réalité.
« Défense: où la Russie a provoqué l’OTAN », tel est actuellement un gros titre dans le Handelsblatt. « Défense: Jens Spahn demande une mise en place rapide d’une défense anti-drones », rapporte le Zeit. « L’OTAN avertit la Russie: une défense militaire en cas de nouvelles violations de l’espace aérien », peut-on lire de la part du Réseau éditorial allemand. « Nous voulons faire face à la course aux armements - Dobrindt prévoit l’abattage de drones par la Bundeswehr », tel est le titre du Welt.
À ces contributions médiatiques s’ajoutent des déclarations telles que celle du ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul: « La Russie restera toujours un ennemi pour nous », ou celle de Roderich Kiesewetter: « La guerre doit être portée en Russie. »
Récemment, un titre de BR24 indique: « Allemagne en cas d'urgence: Chaque personne est nécessaire ». Dans l’interview, un expert explique qu’en cas d’urgence, la politique pourrait déterminer l’endroit où un citoyen doit travailler, par exemple: « Les médecins ne seront peut-être plus nécessaires dans le sud-ouest de l'Allemagne, mais dans l'est, car on s'attend à de nombreux blessés là-bas. »
Toutes ces déclarations, tous ces gros titres, tous ces mots s’alignent comme des perles sur un collier. Et ce collier s’allonge de plus en plus. Pour l’instant - c’est l’impression - cette campagne massive n’arrive pas à pousser la société allemande vers la belligérance souhaitée.
La rhétorique de guerre, la propagande de guerre: elle prend chez certains, mais pas à grande échelle. C'est un espoir.
Mais: Où cela va-t-il mener? Où les catégories de pensée militaire dans la politique et les médias vont-elles conduire l'Allemagne? La rhétorique belliqueuse de Churchill des politiciens allemands est en tout cas un héroïsme gratuit - depuis le confort de leurs bureaux.