Alors que l’opinion publique mondiale se concentre presque exclusivement sur les combats dans la bande de Gaza et en Iran, tandis que la terrible guerre en Ukraine sombre dans l’oubli, une guerre de tranchées diplomatique et morale couve en arrière-plan. Le dernier dossier en date: un rapport de l’UNRWA, l’agence d’aide de l’ONU pour les Palestiniens, qui formule de graves accusations de torture contre Israël. Les accusations sont lourdes, mais un examen plus attentif révèle un marécage de déclarations, d’interdépendances et un silence frappant dans les grands médias.
MOHAMMED SABER / KEYSTONE
Le cœur des accusations
Dans le rapport en question, repris notamment par le portail Infosperber, un tableau sombre est dressé: des détenus palestiniens, parmi lesquels des employés de l’UNRWA, auraient été systématiquement maltraités en détention israélienne. Il est question de coups violents, de privation de sommeil, d’abus sexuels et de « waterboarding ». L’objectif de ces mesures, selon l’UNRWA: extorquer des aveux – en particulier la confirmation que l’agence elle-même serait de mèche avec le Hamas.
Le silence des « médias de qualité »
Il est frappant de constater à quel point le rapport est traité discrètement dans de nombreuses grandes rédactions. Alors que chaque image aérienne israélienne sert généralement, sans grande vérification, de « preuve » de victimes civiles, on semble faire preuve de prudence face à ce rapport. Pourquoi? Parce que la source pose problème. Depuis les révélations selon lesquelles certains de ses employés auraient participé au massacre du 7 octobre, l’UNRWA est soumise à une pression justifiée massive. Un rapport qui affirme désormais que ces aveux n’auraient été obtenus que sous la torture ressemble, pour de nombreux observateurs, à une manœuvre de dédouanement transparente.
Que disent les accusés?
L’armée israélienne (IDF) rejette catégoriquement ces accusations. Elle affirme agir conformément au droit international. Dans une déclaration, il est indiqué que les interrogatoires sont nécessaires pour démanteler le réseau de tunnels du Hamas et retrouver les otages. Israël oppose en outre une thèse tout à fait différente: ce seraient les détenus libérés qui seraient soumis à la pression du Hamas pour diffuser des récits d’horreur sur leurs conditions de détention. Ceux qui, à leur retour à Gaza, ne diraient pas « ce qu’il faut » se mettraient en danger.
Qu’en est-il réellement?
Comme souvent dans le brouillard de la guerre, la vérité est difficile à saisir. Il existe des cas documentés de comportements fautifs de certains soldats, qui font également l’objet de poursuites pénales en Israël – un État de droit que l’on cherche en vain à Gaza. Mais l’affirmation d’une « stratégie systématique de torture » visant à discréditer l’UNRWA semble construite.
Le fait que la direction de l’UNRWA publie ce rapport au moment même où elle lutte pour la survie de son financement n’est pas dénué d’une certaine ironie. C’est le récit classique des institutions onusiennes dans la région: elles se mettent en scène comme victimes d’une campagne israélienne afin de détourner l’attention de leurs propres liens profonds avec les structures terroristes locales.
Conclusion pour le lecteur
Il n’est pas nécessaire d’être partisan de conditions de détention dures pour constater que ce « rapport sur la torture » est moins un document juridique qu’une arme dans la guerre de l’information. S’il est « passé sous silence » dans les grands médias, cela tient peut-être moins à un complot pro-israélien qu’au simple fait que la crédibilité de l’UNRWA a désormais atteint le point zéro, même auprès des journalistes bienveillants. Dans le monde des Nations unies, il semble que l’attaque soit la meilleure défense – même lorsque la base factuelle est aussi mince que la cloison entre l’agence d’aide et le Hamas.