L'EPF et l'Université de Lausanne ont exclu la Zofingia en tant qu'association universitaire. La Cour fédérale confirme désormais cette exclusion. La raison : la Zofingia est une association exclusivement masculine.
La décision est juridiquement surprenante. Déjà en 2014, la Cour fédérale avait pris une décision contraire. Elle accordait plus de poids à la liberté de réunion qu'à l'égalité.
Entretemps, le vent a tourné. L'esprit du temps woke met les juges lausannois à l'écart.
Les décisions judiciaires ne sont pas des jugements de Dieu indépendants, elles dépendent toujours plus ou moins de la composition du collège des juges. Dans ce cas, le genre et l'appartenance politique ont pu également jouer un rôle : trois des cinq juges sont des femmes, une verte, une sociale-démocrate, une centriste, ainsi qu'un juge du FDP et l'indépendant Yves Donzallaz, anciennement de l'UDC.
Ce jugement woke est discutable même pour le quotidien de gauche Tages-Anzeiger : la Cour fédérale accorde subitement une haute importance à un réseau qu'elle avait considéré comme négligeable en 2014, bien que la situation n'ait pas changé depuis.
Il est en effet difficile de comprendre comment cette association masculine pourrait influencer de manière significative l'égalité des sexes « dans le monde du travail en Suisse » (selon la Cour fédérale) d'une manière ou d'une autre.
Et les hauts juges sanctionneraient-ils également des associations composées uniquement de femmes ? Où est le problème si les gens choisissent de se regrouper volontairement selon certains critères ? L'armée suisse n'est-elle pas aussi importante pour les carrières ? Vient maintenant l'obligation de servir généralisée pour les femmes ?
Ironie de l'histoire : les associations estudiantines comme la Zofingia, auxquelles appartenaient un Henri Guisan, un Jérémias Gotthelf, un Alfred Escher, ont également joué un rôle dans la fondation de l'État fédéral en 1848. Sans elles, la Cour fédérale n'existerait peut-être même pas, celle qui fait maintenant de telles cabrioles.