Dix billions d'euros. Voilà la richesse financière que possèdent désormais les ménages privés allemands. Un un suivi de treize zéros. Celui qui parle encore d'« Allemands pauvres » confond statistique et sentiment. Ce pays s'enrichit par l'épargne – non par raison, mais par peur.
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La DZ Bank évalue la fortune financière des ménages privés à 10,03 billions d'euros en 2025 et à 10,5 billions en 2026. Le taux d'épargne était de 10,4 % en 2025.
Cela signifie que plus d'un dixième de chaque euro gagné n'est pas dépensé. Près de 270 euros par personne et par mois sont déposés sur des comptes qui rapportent parfois à peine d'intérêts et perdent réellement en pouvoir d'achat. Pour beaucoup, la bourse est encore considérée comme la Gomorrhe des spéculateurs. Ce n'est pas une gestion ménagère avisée – c'est une aversion collective au risque. En même temps, on se plaint et on déplore comme si la réforme monétaire était à nos portes.
Comparé à l'échelle internationale, ce comportement semble presque névrotique. Les Suisses épargnent nettement plus que les Allemands, sans pour autant se sentir pauvres. En Allemagne, en revanche, on n'épargne pas par optimisme pour l'avenir, mais par méfiance. Envers l'État. Envers les retraites. Envers tout ce qui est promis politiquement.
La fortune financière croît parce que la confiance diminue. Les Allemands ne sont pas trop pauvres pour consommer. Ils sont trop incertains. Ils s'enrichissent par l'épargne – et se sentent de plus en plus pauvres. Ce n'est pas un problème économique. C'est un problème mental.