Le 13 février 2026, le chancelier fédéral Friedrich Merz a déclaré à la Conférence de sécurité de Munich: « La liberté de la parole s’arrête ici chez nous lorsqu’elle se retourne contre la dignité humaine et la Loi fondamentale. » Son discours aurait été rédigé pendant des mois par ses équipes de conseillers afin de donner une bonne leçon aux Américains et de leur expliquer les « valeurs occidentales » sur lesquelles serait prétendument fondé « l’ordre fondé sur des règles ».
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Dès le premier coup d’œil, cette formulation confuse montre que ce sont les Allemands et les Européens – on pourrait ici renvoyer, par exemple, à l’innommable « Digital Service Act », qui doit maintenant, en substance, être introduit aussi en Suisse – qui ont tourné le dos aux valeurs occidentales et à l’État de droit libéral. La faute en incombe probablement à l’influence de plusieurs décennies de dogmes de gauche et écologistes, qui se sont répandus comme une religion en raison de la « domination médiatique » de longue date de la gauche et des Verts. Lorsqu’un chef d’État reproche au secrétaire d’État américain: « Chez nous, il y a encore de l’ordre, ce n’est pas le chaos comme chez vous! », on se serait plutôt attendu à un dirigeant autoritaire venu d’Asie – et non précisément au chancelier fédéral allemand!
Du point de vue de la dogmatique des droits fondamentaux, l’affirmation du chancelier fédéral, qui est lui-même juriste et a en tout cas exercé formellement pendant des années comme avocat, est un non-sens grossier. Bien entendu, tout citoyen a le droit, à tout moment, de « se retourner contre la Loi fondamentale ». Depuis son entrée en vigueur en 1949, la Loi fondamentale a déjà été modifiée soixante-dix fois; et chaque modification a naturellement été précédée d’un débat sur sa capacité d’amélioration. En principe, la Loi fondamentale n’est pas plus sacrée que le code de la route, même si la procédure de modification est plus lourde.
De même, le droit fondamental à la liberté d’opinion ne « s’arrête » nullement à la dignité humaine. Et cela ne serait-ce que parce que la dignité humaine – la question de savoir si elle est un droit subjectif individuel ou plutôt un principe fondamental objectif fait depuis toujours l’objet de controverses en droit constitutionnel – ne lie et n’oblige que l’État, et en aucun cas le citoyen. Le citoyen n’a à respecter que les lois générales, c’est-à-dire par exemple les interdictions pénales ou les obligations civiles de s’abstenir, qui concernent notamment les allégations de faits mensongers.
À ce sujet, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a justement déclaré dans sa décision du 4 novembre 2009 (1 BvR 2150/08): « La Loi fondamentale fait confiance à la force du libre débat comme arme la plus efficace contre la diffusion d’idéologies totalitaires et méprisantes de l’être humain. En conséquence, même la diffusion d’idées nationales-socialistes, en tant que remise en cause radicale de l’ordre en vigueur, ne sort pas d’emblée du champ de protection de l’article 5, alinéa 1, de la Loi fondamentale. Pour faire face aux dangers qui en résultent, l’ordre libéral de la Loi fondamentale fait d’abord appel à l’engagement civique dans le libre débat politique ainsi qu’à l’information et à l’éducation dispensées par l’État dans les écoles conformément à l’article 7 de la Loi fondamentale. »
On voit donc que la liberté d’opinion ne « s’arrête » pas là où il est question de l’ordre fondamental démocratique et libéral ou de la dignité humaine; c’est là, au contraire, qu’elle commence!