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La matrice des mollahs: entre calcul froid et délire sacré

Depuis les frappes aériennes spectaculaires menées par les États-Unis et Israël en février 2026 et la chute qui s’ensuivit du Guide suprême de longue date, Ali Khamenei, la question de la nature de la République islamique d’Iran se pose plus pressamment que jamais. Le régime qui a tenu la région en haleine pendant des décennies était-il un acteur rationnel, poursuivant uniquement ses intérêts sécuritaires? Ou avions-nous affaire à un État terroriste idéologisé, dont le seul objectif était la destruction d’Israël et l’exportation de la charia?

ABEDIN TAHERKENAREH / KEYSTONE
epa12836091 An Iranian woman holds a picture of late Iranian supreme leader Ayatollah Ali Khamenei as she takes part in the funeral ceremony for Iranian Minister for Intelligence Esmail Khatib and his family, who were killed 18 March, after Friday prayers in Tehran, Iran, 20 March 2026. A joint Israeli and US military operation continues to target multiple locations across Iran since the early hours of 28 February 2026. EPA/ABEDIN TAHERKENAREH
ABEDIN TAHERKENAREH / KEYSTONE

La réponse est aussi complexe que les motifs d’un tapis persan – et elle réside dans la fusion paradoxale d’une idéologie de l’âge de pierre et d’un calcul de pouvoir moderne.

La légende de « l’acteur rationnel »

Dans les couloirs de la diplomatie occidentale, des think tanks de Washington jusqu’aux rédactions de l’audiovisuel public, on s’est longtemps accroché au dogme de « l’Iran rationnel ». La théorie: le régime voulait avant tout survivre. Son soutien à des groupes terroristes comme le Hezbollah ou les Houthis n’était qu’une « profondeur stratégique » – un rempart asymétrique contre un encerclement supposé par les États-Unis et Israël.

Des experts comme l’iranologue Walter Posch ou l’islamologue Reinhard Schulze ont souvent souligné que Téhéran avait par le passé été capable de compromis pragmatiques. On pense à l’accord nucléaire (JCPOA) de 2015 ou à la coopération discrète avec les États-Unis dans la lutte contre les talibans en Afghanistan après 2001. Dans cette lecture, l’Iran n’était pas un « fou avec la bombe », mais un réalpoliticien froid, qui comprend le langage de la force et de la négociation.

L’État terroriste comme modèle économique

Mais la réalité de l’année 2026 a pulvérisé cette image. Ceux qui ne voyaient en l’Iran qu’un acteur « rationnel » sous-estimaient l’ADN de la Révolution islamique de 1979. Pour le régime des mollahs, la destruction de « l’entité sioniste » (Israël) n’a jamais été une simple rhétorique, mais un impératif religieux.

Le modèle de « l’exportation de la révolution » n’était pas un sous-produit diplomatique, mais le cœur même de la raison d’être de l’État. Les Gardiens de la révolution (IRGC) ne fonctionnaient pas comme une armée classique, mais comme un conglomérat mondial mêlant terrorisme, contrebande et endoctrinement idéologique. Les milliards affluant dans le pays grâce à l’allègement des sanctions ne parvenaient pas au peuple iranien exsangue, mais atterrissaient dans les arsenaux de roquettes du Liban et du Yémen. Ce qu’il y avait de rationnel, au mieux, c’était la méthode employée pour semer le chaos.

Le débat d’experts: réalisme vs constructivisme

Dans l’analyse politologique, deux camps s’opposent:

  • Les réalistes: ils soutiennent que l’Iran cherche l’hégémonie dans une région mondiale anarchique. Toute grande puissance, placée dans des circonstances similaires (sanctions, voisins hostiles), tenterait de se créer des zones d’influence.
  • Les constructivistes: ils rétorquent que l’identité de l’Iran en tant que « champion des opprimés » et « fer de lance de l’islam » fausse sa perception de la réalité. Pour un zélote religieux, la mort en martyr de son propre peuple est un prix acceptable pour la victoire sur le « Grand Satan ».

Le réveil brutal

Les événements des derniers mois – les manifestations de masse à l’intérieur du pays après la mort de Khamenei et la détermination de l’administration Trump – ont montré que le régime était suffisamment rationnel pour défendre son pouvoir avec une brutalité extrême, mais trop aveuglé par l’idéologie pour emprunter la voie de la réforme.

Amnesty International parle, pour le mois de janvier 2026, de la phase de répression la plus sanglante depuis des décennies. Le régime luttait pour sa survie – non pas en tant qu’État-nation, mais en tant que secte religieuse prenant son propre pays en otage.

Avertissement à l’Occident

La plus grande leçon du drame iranien est l’échec de l’espoir occidental de pouvoir « apprivoiser » un acteur idéologique par des incitations économiques. Un État dont la constitution érige la lutte contre l’Occident en objectif national ne sera jamais un partenaire fiable.

L’Iran était les deux à la fois: un fauteur de troubles à la pensée stratégique, qui exploitait à la perfection les faiblesses de l’Occident, et un État terroriste fanatique, prêt à réduire toute la région en cendres pour sa vision d’un califat mondial. Ceux qui présentent encore aujourd’hui le régime des mollahs comme un « partenaire incompris » n’ont pas tiré les leçons de l’histoire – ni compris la réalité de 2026.

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