La directrice générale d’Orange, Christel Heydemann, ne voit plus «aucun incitatif à l’investissement» en Europe et entend désormais chercher la croissance de son groupe principalement au Moyen-Orient et en Afrique. Elle a déclaré au Financial Times: «Notre infrastructure numérique est si essentielle que nous devrions créer un cadre qui incite à l’investissement. Aujourd’hui, il n’y a aucun incitatif à investir.»
ALEJANDRO GARCIA / KEYSTONE
Le groupe, dont le siège est à Paris, a annoncé qu’il allait réduire ses investissements en Europe. Après le déploiement largement achevé des réseaux en fibre optique, le potentiel de croissance est limité. D’ici 2028, Orange veut augmenter sa base actuelle de 340 millions de clients de 40 millions d’abonnés supplémentaires au mobile et au haut débit. «Quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux viendront du Moyen-Orient et de l’Afrique», a déclaré Heydemann. Dans 18 pays de ces régions, Orange a récemment réalisé un chiffre d’affaires de 8,4 milliards d’euros.
En toile de fond de ces critiques se trouve la politique de régulation de l’UE. Bruxelles a récemment renoncé à faire contribuer les grands groupes technologiques aux coûts des réseaux. De plus, la politique de concurrence bloque régulièrement les fusions.
Selon le Financial Times, le secteur déplore que l’Europe perde ainsi en puissance. D’après la fédération professionnelle Connect Europe, il existe en Europe plus de 44 opérateurs mobiles comptant plus de 500 000 clients, contre huit aux États-Unis et quatre en Chine. Les investissements diminuent: en 2024, les dépenses d’investissement des télécoms se sont élevées à 64,6 milliards d’euros – deuxième baisse consécutive après 67,1 milliards d’euros en 2022.
Orange prévoit d’ici 2028 un flux de trésorerie organique de 5,2 milliards d’euros, contre 3,65 milliards en 2025. Parallèlement, le groupe étudie d’autres acquisitions, notamment certaines activités du concurrent français SFR. Heydemann a exclu des suppressions massives d’emplois. Les effectifs sont réduits «step by step», notamment via des départs anticipés à la retraite.