Une fois par an au maximum, la Suisse organise une réception officielle d'État. Les invités sont de différentes importances et classes de cylindrée. Par exemple, en 1980, le chef du Commonwealth, la reine Élisabeth II d'Angleterre, et son époux Philip, duc d'Édimbourg, ont séjourné plusieurs jours en Suisse. En 2025, c'est la présidente du Kosovo, Vjosa Osmani. Enfin, le roi du football non couronné Xherdan Shaqiri a participé au banquet d'État.
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Il s'agit d'un grand honneur pour le petit État des Balkans, et dans la diaspora kosovare, « la joie est presque débordante ». Du moins c'est ce que croit, dans une joie presque débordante, Enver Robelli, originaire du Kosovo, dans le Tages-Anzeiger.
Dans toute cette jubilation, on oublie que selon sa propre pratique déclarée et autrement stricte du droit international, la Suisse n'aurait jamais dû reconnaître le Kosovo. Le Département des affaires étrangères explique ses principes élevés lors de la reconnaissance des États de cette façon : « Selon la doctrine des trois éléments, un État doit avoir les caractéristiques suivantes : un territoire, un peuple et un pouvoir d'État. »
Dans le cas du Kosovo, le territoire même n'est pas incontesté, étant toujours revendiqué en principe par la République de Serbie. En ce qui concerne le « peuple », la majorité des citoyens du Kosovo se désignent comme Albanais. Mais le troisième élément de la doctrine des trois éléments est bien plus décisif : le pouvoir d'État.
Que ce pouvoir d'État ne soit pas assuré au Kosovo est prouvé par la présence constante de troupes étrangères, y compris jusqu'à 215 membres de l'armée dans le cadre de la Force pour le Kosovo (KFOR). Leur mission consiste à assurer le pouvoir d'État inexistant. Ces soldats d'occupation doivent créer un environnement sûr et stable pour la population kosovare et garantir la liberté de mouvement pour tous.
Selon ses propres principes, la Suisse n'aurait donc jamais dû reconnaître le Kosovo comme un État indépendant en 2008. Tout comme cinq États de l'UE ne l'ont toujours pas fait à ce jour. Par exemple, l'Espagne, qui craint que sinon la Catalogne, le Pays basque ou l'Andalousie ne deviennent indépendants.